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Le fumeur


Durant l'année 1969, Pablo Picasso a peint plus de 25 tableaux représentant un fumeur de pipe ou de cigarette.
Grand fumeur lui-même, on ne compte pas le nombre de photographies où il pose fièrement une cigarette à la main. C'était l'époque où, comme dans les films Noirs américains avec Humphrey Bogart , le tabac faisait partie du mythe de l'artiste ....
( Le fumeur, 4 octobre 1969 - Musée Picasso Paris - Photo RMN)

Les années bissextiles


Aujourd'hui c’est le 29 février, c’est pas tous les jours ni même tous les ans !
C’est tous les 4 ans : les années bissextiles.
Et je me pose alors cette question cruciale : que faisait Picasso ce jour-là ?

J’ai feuilleté quelques livres et j'ai trouvé la réponse : ce tableau daté du 29 février 1960 .
Nous voila renseignés sur deux faits : l'année 1960 était une année bissextile et Picasso mettait à profit cette journée supplémentaire pour discuter avec le tableau d‘Edouard Manet "Déjeuner sur l'herbe " (1863) Musée d’Orsay) .

Les différentes variations sur ce tableau débutent en 1954 et s’étirent sur une dizaine d’année et Picasso utilisera plusieurs techniques : peintures, dessins, sculptures, gravures pour continuer cette conversation avec Manet . Au total, plus d’une centaine d’œuvres se réclame de cette filiation.
( "Déjeuner sur l'herbe d'après Manet" huile sur toile 29 février 1960. collection particulière)

Picasso et Rubens

Le 10 décembre 1936 , Daniel-Henri Kahnweiller, le marchand de Picasso , raconte qu'il a été visité une exposition Rubens et que cela lui a "beaucoup déplu"et voila ce que Pablo Picasso lui répond:
" Bien sûr, je vous l'avais dit . Des dons, mais des dons qui servent à faire de mauvaises choses, ce n'est rien. Rien n'est raconté chez Rubens. C'est du journalisme, du film historique.
Voyez Poussin, quand il peint Orphée, eh! bien , c'est raconté. Tout, la moindre feuille raconte l'histoire.

Tandis que chez Rubens ...; ce n'est pas même pas peint. Tout est pareil. Il croit peindre un gros sein en faisant comme ça ( geste circulaire du bras), mais ce n'est pas un sein, chez lui, tout est pareil."

Le GraphikMuseum Pablo Picasso de Münster en Allemagne a eu l'idée d'associer ces deux peintres dans le cadre d'une exposition .

Le dialogue avec l’œuvre du maître flamand montre de manière originale à travers des exemples choisis combien Picasso reste classique dans ses sources d’inspiration et parfois même dans le traitement de certains thèmes qu’ils soient issus de la mythologie, du combat entre créature et humain. La complexité et l’originalité artistique de la plupart de ses oeuvres dépassent cependant généralement la simple citation plastique.

La ville est charmante et le Musée possède une des plus complètes collections des estampes de Picasso (en particulier les lithographies).
Voici plusieurs raisons pour une petite visite ....

www.graphikmuseum-picasso-muenster.de
Picasso &Rubens. Moderne trifft Barock.
du 2 février au 4 mai 2008.

( "Portrait de Kahnweiler II, 3 juin 1957 "Crayon litho sur papier report)

Nature Morte 3

L'année 1908 est très riche en natures mortes, mais quittons le registre de la désolation des bols vides pour un univers plus apaisé. Ici, un verre et une jarre côtoient un livre, les tons sont dorés , les harmonies plus douces .

Françoise Gilot raconte dans son ouvrage " Vivre avec Picasso" la façon dont Picasso choisissait ces objets:
"Dans un tableau de Matisse, par exemple, l'objet joue le rôle majeur. Aussi, l'honneur de devenir objet dans une toile de Matisse est-il réservé à des choses inhabituelles, rares, précieuses. Tandis que les objets qui entrent dans ma peinture ne sont pas tout comme cela, ils sont usuels: une cruche, un verre de bière, une pipe, un paquet de tabac. Je ne vais pas chercher un objet rare dont personne n'a jamais entendu parler, comme les chaises vénitiennes de Matisse , en forme d'huitre, pour le transformer. Cela n'aurait aucun sens pour moi. L'objet le plus quotidien est un vaisseau - un véhicule de ma pensée."

(Pot, verre et livre, 1908 - 55 x 46 cm L'Ermitage, Saint-Petersbourg)

Paysage de Céret

Mais revenons à Céret .
Pourquoi Picasso s'est-il installé dans ce petit village des Pyrénées, pas très loin du Mont Canigou ?
Il y revient à trois reprises en 1911, 1912 et 1913. La raison la plus évidente, la proximité avec l'Espagne, n'est peut-être pas la bonne.
En effet , il semble qu'il soit arrivé dans cette région pour rejoindre son ami Franck Haviland.

Franck Haviland, héritier des Porcelaines du même nom à Limoges était un grand collectionneur d'art africain, ses soirées étaient renommées et les artistes, peintres, musiciens s'y retrouvaient avec plaisir. C'est grâce son intermédiaire que Picasso pu exposer à New York dans la galerie d'Alferd Stieglitz qui était subventionnée par le frère ainé de Franck Haviland, directeur de la succursale Haviland à New York.

C'est donc Haviland qui découvre le premier Céret grâce à Déodat de Séverac, compositeur de musique et originaire de la région .
Picasso s'installe à l'été 1911 d'abord à l'hôtel puis à l'étage de la maison Delcros avec Fernande et Braque .

Ce papier collé date du 3e séjour et reproduit la façade de l'ancienne gendarmerie, aujourd'hui le Musée d'art moderne.
On retrouve encore maintenant les arbres et les masses blanches de la façade de la gendarmerie.

Franck Haviland s'installera à Céret et sera le premier directeur du musée d'Art Moderne en 1957. On se souvient que Picasso avait fait une donation à la ville en 1953 des 29 coupelles tauromachiques qui feront partie de la collection du musée.

Paysage de Céret, printemps 1913 ( papier de couleur collé et épinglé, pastel et fusain)
Musée Picasso Paris

Aimé Césaire

Aimé Césaire est décédé hier à Fort-de-France.
Je ne reviendrai pas sur la place immense qu'il occupe dans la littérature et la poésie bien au-delà des frontières de la négritude pour reprendre le plus connu de ses concepts.
Cesaire était l'un des poètes pour lequel Picasso avait illustré un recueil de poèmes " Corps Perdus" .
La proximité de Picasso pour l'univers des poètes s'inscrit dans un parcours qui débuta avec Max Jacob et Apollinaire puis se déroula tout au long de sa vie par des illustrations pour Paul Eluard, Réné Char , Pierre Reverdy, Hugnet, Tzara ....
Ce fut certainement grâce à l'intermédiaire d'André Breton que Picasso décida d'illustrer les poèmes de Césaire, dont la revue "Cahiers d'Art" avait publié en 1945 un essai accompagnant les oeuvres du peintre Wilfredo Lam et dont Picasso appréciait le travail .
"Corps perdu'' est composé de dix poèmes, dont le cinquième porte le nom du recueil. Chaque poème est illustré de deux burins. Ces burins, datant de mars 1949, représentent des plantes, des insectes, des pictogrammes de copulations et des visages en forme de feuille, d'animaux et de croissant de lune. Il ajouta, en guise de frontispice, une gravure d'une tête de nègre de profil car le thème du recueil est la recherche de l'identité "Nègre nègre nègre / depuis le fond du ciel immémorial..."

Cette gravure a également utilisée pour l'affiche du 1e congrès des écrivains et artistes noirs " Présence africaine " Paris 19-22 septembre 1956

Corps perdu: "nègre, nègre, nègre...": Portrait d'Aimé Césaire Lauré
15 novembre 1949
Pointe sèche et grattoir sur cuivre

Minotaure

En fait au mois de mai 1936 , Picasso est à Juan-les-Pins. Il est à la plage avec Marie-Thérèse et leur fille Maya.
Il peint quelques portraits de femme comme nous l'avons vu précédemment mais un sujet l'obsède particulièrement : le Minotaure.
Les premiers jours de mai seront peuplés de créatures de la mythologie .
En effet, Picasso mélange plusieurs légendes dans ces compositions ainsi au mythe du Minotaure dans le labyrinthe viennent se greffer quelques personnages de l'Odyssée .











Le dessin du 6 mai : c'est le Minotaure qui sort du labyrinthe portant la dépouille d'une jument, une Ariane au visage de Marie-Thérèse se voile le visage et évoque davantage Calypso qui retint Ulysse dix ans dans sa grotte.
Le dessin suivant, du 9 mai, présente la scène de la mise à mort du Minotaure, Thésée à cheval le transperce de sa lance, Ariane-Marie-Thérèse semble être attachée au mat d'une barque tel Ulysse résistant aux chants des sirènes .
Et enfin dans le dessin du 10 mai, le Minotaure agonise sous les sabots d'un cheval aux ailes enflammées et Marie-Thérèse, à peine évoquée par son profil, demeure légèrement en retrait de la scène tragique.

La richesse des thèmes évoqués et leurs constructions imbriquées annoncent pour l'oeuvre de Picasso un grand renouveau après une période de doute et d'interrogation pendant laquelle Picasso avait cessé de peindre pendant plusieurs mois.

Minotaure et jument morte devant une grotte face à une jeune fille au voile, Gouache et encre de chine sur papier 6 mai 1936 ( Musée Picasso Paris)
Composition au Minotaure, 9 mai 1936 Gouache, encre de chine et plume sur papier ( Collection privée)
Minotaure blessé, cheval et personnages, 10 ami 1936 Gouache, encre de chine et plume sur papier (Musée Picasso Paris)

Que faire avec une fourchette ?

Restons quelques temps dans le bestiaire de Picasso.
Voici un oiseau migrateur à la démarche élégante; juchée sur des fourchettes et une pelle en guise de plumage, la grue nous toise du haut de ses 76,5 cm.


La grue, 1951 Musée Picasso Paris - Original en plâtre: pelle, fourchettes, objets métalliques, robinet, tige d'osier et plâtre sur socle en bois
Picasso a réalisé 4 exemplaires en bronze, tous peints de manière différente. Musée Berggruen - Berlin
.

Grue commune (Grus grus grus)
La Grue cendrée mesure de 124 à 138 cm, pour une envergure de 228 à 245 cm et un poids de 8 à 12 kg. Elle est grise avec une bande blanche verticale le long du cou, une touffe de plumes noires garnit la queue.
En milieu naturel : La grue cendrée, également appelée grue commune, se rencontre dans toute les régions tempérées et tropicales de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique.

Robert Rauschenberg

Robert Rauschenberg est décédé la semaine dernière à l'âge de 82 ans.
Peu après la seconde guerre mondiale, Rauschenberg quitte l'armée américaine et vient à Paris assister aux cours de l'académie Julllian; il suit ensuite l'enseignement de Joseph Albers et commence sa carrière par de grandes peintures monochromes.
Puis, rompant radicalement avec l'abstraction, Rauschenberg va associer peinture et objets du quotidien et impose, ainsi, en 1954 ses premiers "Combine paintings".
Oiseaux et chèvres empaillés, journaux, affiches, bouteilles de coca, papiers peints, portes, fenêtres, tout objet est digne pour Rauschenberg de s'associer à la peinture.

Si on pense immédiatement aux collages de Braque et de Picasso de l'époque cubiste en regardant le travail de Rauschenberg, il n'est pas impossible de penser à Rauschenberg en regardant les sculptures de Picasso des années cinquante et, en torturant un peu la chronologie, cette chèvre de Picasso a bien un air de Combine painting ....


La chèvre, 1950 Musée Picasso Paris
Original en plâtre: panier d'osier, pots en céramique, feuille de palmier, métal, bois, carton, plâtre

La Grue ( suite)


Les sculptures des années 1950 nous laissent croire qu'elles jaillissent de la rencontre avec un objet; et à ce propos Picasso lui-même , ne nous détrompe pas .
Dans le livre de Françoise Gilot " Vivre avec Picasso", il affirme :
"La pelle, où m'est apparue la queue déployée d'une grue, m'a donnée l'idée de faire une grue"

L'oeuvre "engloutit" l'objet mais ce dernier ne disparait jamais complètement.
Picasso les charge d'un double rôle : ils doivent produire une image , ici les fourchettes pour les pattes ou bien la pelle pour les plumes de la queue de la grue, et ils sont également doués d'une capacité à ancrer l'image produite dans le réel.

Il faut, à ce propos, absolument lire l'ouvrage d'Ileana Parvu "La peinture en visite, les constructions cubistes de Picasso" ( Edition Peter Lang - Bern 2007 ) qui nous accompagne dans une réflexion sur les sculptures en 3D de l'époque cubiste et leur résonnance dans les années 50 et 60.

Jeux de l'éte (2)


Voila l'un des murs de la salle de ce musée où Picasso s'était installé en 1946.
Ces grands murs vierges de tout accrochage étaient beaucoup trop tentant pour ne pas expérimenter la peinture murale .
Seul ce motif de faunes aux têtes géométriques sera réalisé car l'humidité des murs rendit la composition très fragile et Picasso ne souhaita pas continuer sur cette voie.
Picasso, avec sa liberté habituelle, traça sur la paroi un cercle, un losange, un carré qui nous ouvre le monde mythologique de son retour à la Méditerranée .

Maintenant, si vous n'avez pas trouvé , la réponse c'est Vendredi prochain !!

Photo ChP

Madame Rosenberg et sa fille

Le musée Picasso de Paris présente , outre un nouvel accrochage de sa collection, une exposition-dossier autour d'un nouveau tableau entré récemment en dation dans la collection du Musée: Le Portrait de Madame Rosenberg et sa fille, 1918.
Madame Rosenberg était la femme du marchand de Picasso Paul Rosenberg. La première guerre mondiale ayant empêché Kahnweiller, de nationnalité allemande de travailler, Paul Rosenberg avait repris le commerce des tableaux de Picasso.
Picasso s'étant marié avec Olga, il était maintenant installé Rue de La Boétie et fréquentait un milieu beaucoup plus mondain. Une partie de sa peinture avait évoluée vers ce que Cocteau avait nommé le " Retour à l'ordre" tout en gardant simultanément très vivant le souvenir du cubisme dans une autre partie de son travail.
Ce portrait que l'on pourrait qualifié de mondain, tant sa composition adopte les caractères du portrait officiel: une femme assise de trois-quart sur un beau fauteuil ouvragé porte sur ses genoux son enfant, est le symbole de cette période.
Ce tableau, au premier abord, très compassé semble subir de fortes tensions intérieures.
Est-ce le visage inexpressif de Madame Rosenberg ou au contraire, les rondeurs et les fossettes de Micheline, sa fille qui provoque cette impression d'étrangeté ?
On ressent comme une gène à voir cette petite fille si dodue et si pleine de vie s'agiter sur les genoux de cette femme au visage comme un masque froid. On est bien loin du portrait de Gertrude Stein dont la massivité et le visage primitif évoquait toute la force et l'intelligence du modèle.
Ce portrait est unique dans la production de Picasso, c'est un portrait de cour. Picasso répond à une commande, il peint le portrait de l'épouse son marchand mais n'en retire aucun plaisir. Et pire encore, il nous laisse un terrible témoignage : il nous donne de Madame Rosenberg un portrait vide, sans aucun sentiment. La vie s'est réfugiée dans le visage de la petite fille qui déborde de rondeurs, un peu trop même....

Picasso / Delacroix














Mais que faisait Picasso le 31 décembre 1954 ?
Voici une réponse : il continuait à décliner le motif de l'odalisque du tableau d'Eugène Delacroix " Les Femmes d'Alger".

Entre le 13 décembre 1954 et le 14 févier 1954, Picasso exécute 15 peintures et de multiples dessins d'après ce tableau.
On peut encore pendant plus d'un mois en voir quelques unes au Musée du Louvre.

Etudes pour "Les femmes d'Alger" d'après Delacroix 31 décembre 1954 ( Musée Picasso Paris)

Casagemas

Le 17 février est une date sombre dans la vie de Picasso car son ami Carles Casagemas se suicida le 17 février 1901 .
C'est ensemble qu'il arrivèrent à Paris en 1900. Ils partageaient un atelier à Montmartre et vivaient dans l'effervescence de la communauté espagnole, entre anarchisme et création artistique. La mort de son ami, suite à une déception amoureuse, marqua pour Picasso le glas d'une certaine insouciance. Picasso en fut très touché par ce décès, il travailla dès l'été suivant à plusieurs tableaux figurant Casagemas sur son lit de mort puis sa peinture pris une tonalité plus sombre encore, ce fut la période bleue.

La Mort de Casagemas, 1901 Musée Picasso de Paris

Le peintre et son modèle


Continuons notre exploration de la collection des dessins du Musée Picasso de Paris:

Le Peintre et son modèle, voici un sujet récurrent dans l'oeuvre de Picasso: ici le peintre est figuré avec un masque grimaçant et le modèle sur un sofa, les bras pliés derrière la tête, offre son corps nu aux rayons du soleil qui pointe de la lucarne de l'atelier.
Ici le sujet est particulièrement classique : un atelier, un modèle nu, le peintre, cependant Picasso a agrémenté cette composition de détails saugrenus:
Le soleil darde des rayons qui dessinent sur le corps du la femme étendue de grands yeux écarquillés, le peintre affublé de ce masque barbu est habillé d'une culotte bouffante et d'un pourpoint rouge et il porte un large gant bleu comme un mousquetaire et tient dans son autre main un pinceau sans poil qui ressemble davantage à un baton ....
Que pensez de ce peintre masqué ? Son costume évoque le XVIIe s , serait-ce Velasquez ?

1e février 1954 ( dessin aux crayons de couleur 24 x 32 cm )

L'ere du renouveau

Le Musée Picasso d'Antibes qui, après une renovation complète a ré-ouvert ses portes l'été dernier, propose depuis le 29 mars une exposition « Picasso, 1945-1949 : l’ère du renouveau ».

Il s'agit de jeter un regard neuf sur la période antiboise de Picasso à travers les œuvres réalisées lors de son séjour de l’automne 1946 au château Grimaldi, et qui sont restées au Musée Grimaldi à Antibes par la volonté de Picasso et grâce à l'opiniâtreté de son conservateur de l'époque Romuald Dor de la Souchère, et avec celles qui les ont immédiatement précédées et suivies qui sont conservées dans des collections privées.

Le directeur du musée a voulu ainsi "re-contextualisation dans une perspective historique plus large de la production du peintre et permet d’inscrire les « Picasso d’Antibes » dans une chronologie créative particulièrement riche au cours de ces années heureuses, et dont le tableau La Joie de vivre constitue une sorte d’emblème"

Nature morte à la sole et trois oursins, 28 octobre 1946 -Musée Picasso d'Antibes

Work in progress

Ce dessin nous fait pénétrer dans l'atelier du peintre, cette nature morte accompagnée de nombreuses mentions manuscrites semble être une étude pour un gravure.

En effet, la linogravure, technique que Picasso expérimenta longuement au cours des années 60, fait intervenir plusieurs plaques de linoléum que l'artiste doit creusé à l'aide de gouge, une couleur par plaque : ce qui signifie que Picasso doit identifier sur son dessin chaque zone coloré et retranscrire celle-ci sur une plaque . C'est la superposition de l'impression de chacune des plaques sur une seule feuille de papier qui permettra de découvrer la composition finale .
Ce dessin, issu d'un des nombreux carnets dont Picasso ne se sépara jamais, nous permet de découvrir l'étude d'une nature morte où l'artiste a déjà identifié chaque zone colorée et son emplacement : les indications de la main de Picasso montrent bien le futur travail à réaliser sur les plaques de linoléum .

Nature morte, 26 avril 1962 ( Collection privée)

Françoise à Antibes


Il y a en ce moment une exposition formidable au Musée Picasso d'Antibes, y sont rassemblées les tableaux de la période antiboise: ceux créés dans les lieux et qui n'ont jamais quitté le chateau Grimaldi et ceux de cette même période chronologique 1945-1949 que Picasso avait conservés auprès de lui dans ses différents ateliers.
On y voit, pour commencer de grandes figures de femmes assises, très monumentales dans une palette de couleurs très réduite voire monochrome, de grandes figures dans des camaïeus de gris évoquant davantage la sculpture que la peinture.
Ces portraits nous présentent la compagne de Picasso de cette époque nouvelle, Françoise Gilot, jeune peintre rencontré à Paris et qui partagera sa vie pendant les années suvantes.

Portrait de Françoise 20 mai 1946 (Mine de plomb, fusain et crayon de couleur estompé) Musée Picasso Paris

Le buffet dit Henri II

Ce buffet dont on peut voir en ce moment plusieurs versions peintes au Musée Granet de Aix a été un motif de prédilection pendant quelques semaines pour Picasso. En témoignent des trois dessins extraits d'un carnet que Picasso esquissa les 28 mars et 10 avril 1959.
Ce meuble de style Henri II s'avère en fait être un assemblage du XIXe siècle avec un réemploi de fragments anciens. Le buffet est surchargé de sculptures à tête de femme dans sa partie supérieure et les deux vantaux inférieurs supportent un décor d'architecture. L'ensemble est monumental, renforcé par la couleur noire du bois, bref un sentiment d'étouffement vous saisi devant ce meuble roboratif ...
Picasso aimait ces meubles dont le "bon goût" n'était pas la principale qualité, mais ces motifs tarabiscotés ont largement inspirés Picasso pour les dessins dans ce carnet. Carnet de dessin, Vauvenargues 1959 ( Collection privée )

Belfort

Quelques petites idées de voyages culturels pour les vacances :

Inaugurée en 1999, la Donation Maurice Jardot réunit un ensemble prestigieux de 150 peintures, sculptures et dessins du XXe s. En 1997, après avoir présidé aux destinées de la Galerie Leiris pendant près de 40 ans (de 1956 à 1996), Maurice Jardot a fait don d’une partie de sa collection particulière à la Ville de Belfort, sa terre natale.
« Le Cabinet d’un amateur en hommage à Daniel-Henry Kahnweiler » accueille cette collection dans un édifice de la fin du XIX° siècle, ancienne propriété familiale du poète Léon Deubel.

Quelques tableaux de Picasso de la dernière partie de la sa vie vous attendent :
"Pour mon ami Jardot, Picasso le 8/12/61"

Nu couché dans un intérieur, 27 novembre 1961
Belfort, Donation Jardot

Musée d’Art Moderne - Donation Maurice Jardot
8 rue de Mulhouse
90000 Belfort

Fermeture du Musée Picasso

Il faut courir ces derniers jours au Musée Picasso à Paris car il sera fermer à partir du 23 aout.
Le chantier des travaux commencera au début de l'année 2010 et durera deux ans.
Pour davantage d'informations, vous pourrez lire le communiqué de presse sur le site internet du Musée

Femme au jardin, 1929 ( Fer soudé et peint)

le début

Le Musée Picasso Paris étant maintenant fermé, la collection ne sera pas exposer pendant au moins deux ans.
Seules les oeuvres sélectionnées pour les expositions itinérantes seront présentées au public. Aussi, nous avons décidé vous faire une exposition spéciale sur les cimaises de ce blog. Régulièrement, nous sortirons de nos tiroirs quelques pièces , dessins, peintures, sculptures et céramiques.
Pour débuter cette exposition virtuelle, commençons par le début : par l'apprentissage de Picasso.

1893, Pablo Picasso a douze ans, il vit à La Corogne en Galice où son père enseigne le dessin. Voici un Torse d'Hermès d'après Phidias dans le style classique imposé par l'enseignement des Beaux-Arts.
Cependant, malgré cette formation académique, on distingue déjà chez le jeune peintre des choix délibérés qui l'éloigne de l'académisme. En effet, le traitement des ombres sur le dos est très dramatisant, cet éclairage très contrasté donne à ce corps une présence inquiétante .

Boisgeloup

Au mois de juin 1930, Picasso achète le château de Boisgeloup près de Gisors dans le Vexin normand. Cette vaste propriété ceint de murs et de bois protège les occupants des regards. Picasso recherchait un espace suffisamment grand pour y installer un atelier de sculptures: les anciennes écuries lui permettront de continuer ses investigations en trois dimensions.

Un château, c'est un peu exagéré pour qualifier cette belle demeure bourgeoise. Il n'y a ni tours ni douves mais une chapelle de style gothique et des souterrains qui menaient, dit-on, vers la forteresse de Gisors. L'absence de chauffage central, d'électricité et de salle de bain moderne ne découragea pas Picasso de s'installer immédiatement et Olga remplira ses devoirs de parfaite maitresse de maison auprès leurs amis venus de Paris.

Ce tableau est peint depuis le deuxième étage de la demeure dans une chambre éclairée par quatre fenêtres, Picasso avait choisi cette pièce pour sa taille modeste qui lui permettrait de garder la chaleur de son brasero. On aperçoit sur la droite le batîment des communs avec ses larges portes où Picasso installera un atelier. Au centre de la composition le portail, puis à gauche le petit clocher de la chapelle.

Boisgeloup sous la pluie, 30 mars 1932 ( Musée Picasso Paris)

Franck Burty Haviland

"Franck Burty Haviland les années cérétanes " au Musée d'art moderne de Céret du 5 décembre en 31 mai 2010
Frank Burty Haviland est issu de la famille de porcelainiers de Limoges, les Haviland. Mais Frank Burty Haviland préfère venir à Paris plutôt que de continuer la tradition familliale. Il s'installe dans un atelier de Montparnasse et il fréquente Déodat de Séverac. Il part ensuite pour New York en 1907. C'est là-bas qu'il réalise ses premiers pas de peintre, il y séjourne jusqu'en 1908. L'été 1909, il voyage avec le sculpteur Manolo dans les Pyrénées-Orientales et s'installe à Bourg-Madame, puis à Céret. Picasso viendra le rejoindre en 1911 et développera sur place l'expérience cubiste ave Braque. Frank Burty Haviland est influencé par ce mouvement qu'il quittera ensuite pour revenir à une peinture plus classique. Il fut directeur du musée de Céret de 1956 à 1961 et grâce à cette longue amitié avec Picasso , l'artiste fit don au musée de 53 oeuvres.
Photo prise par Picasso dans son atelier en 1910

Banquet pour le Douanier Rousseu

C'est à la la fin du mois de novembre 1908 qu'eut lieu dans l'atelier de Picasso au Bateau-Lavoir un banquet en l'honneur du Douanier Rousseau.
Picasso avait acheté quelques temps auparavant un grand portrait de femme du Douanier Rousseau chez un marchand de bric à bric. Il raconte alors " La première oeuvre du Douanier Rousseau que j'eus l'occasion d'acquérir est née en moi avec un pouvoir obsédant...C'est l'un des plus véridiques portraits psychologiques français".

Grâce au peintre américain Max Weber, Picasso pu faire la connaissance du peintre et il avait alors décidé de donner un grand banquet en l'honneur du peintre et de son achat: l'atelier avait été décoré, le tableau installé en bonne place, le traiteur commandé, les amis invités et un trône avait été improvisé avec une banderole " Honneur à Rousseau" .
On peut lire le récit détaillé de la soirée dans les mémoires de Fernande Olivier " Souvenirs intimes" et dans l'ouvrage de Maurice Raynal "Les soirées de Paris". Henri Rousseau fut certainement intimidé par cet évènement, c'est Apollinaire qui l'aurait convaincu d'y participer car il ne fréquentait pas les artistes du Bateau-Lavoir. Mais Rousseau appréciait également le travail de Picasso à qui cette formule célèbre du Douanier Rousseau s'adressait : " Nous sommes les deux plus grands peintres de l'époque, toi dans le genre égyptien, moi dans le genre moderne " ....

Portrait de femme, Yadwigha . 1895 Musée Picasso de Paris

Les enfants modèles

Il y a en ce moment au Musée de L'Orangerie une charmante exposition " Les enfants modèles ". On peut y voir des portraits d'enfants, les enfants des peintres, posant sagement sous le regard de leur père le plus souvent. En effet, les femmes peintres en cette fin de XIXe siècle font encore figure d'exception: Mary Cassat, Berthe Morisot sont bien seules mais les portraits qu'elles nous livrent sont émouvants et sensibles saisissant avec délicatesse les expressions enfantines.

Picasso est largement représenté dans cette exposition, d'abord avec les portraits de son fils Paul qui nous regarde fièrement déguisé en pierrot ou bien studieusement installé à son bureau. Avec sa fille Maya, quelques dix ans plus tard, Picasso a remisé la panoplie du peintre sage, Maya nous toise avec sa poupée dans des couleurs vives et éclatantes bien loin des petites filles modèles de la Comtesse de Ségur. Puis, avec Claude et Paloma, dans les années cinquante, Picasso a évolué vers un autre style mais le plaisir de jouer des enfants et le goût pour les déguisements est toujours là. Et quelle joie de voir côte à côte les tableaux de Françoise Gilot et de Pablo Picasso représentant leurs enfants !

Paloma, 22 décembre 1952 ( Collection particulière)

Le buveur d'absinthe, Portrait d'Angel Fernandez de Soto

WASHINGTON, 9 jan 2010 (AFP) - "Le Buveur d'Absinthe" de Picasso restera dans une fondation britannique Les héritiers du banquier juif berlinois Paul von Mendelssohn-Bartholdy ont renoncé dans un accord à l'amiable à leurs droits sur "le Buveur d'absinthe", le tableau de Pablo Picasso qui restera la possession d'une fondation artistique, a indiqué un avocat de la famille.

Les termes de l'accord conclu avec la fondation contrôlée par le compositeur britannique Andrew Lloyd Webber, pour cette toile estimée par Christie's en 2006 entre 40 et 60 millions de dollars, n'ont pas été divulgués, a indiqué vendredi un avocat des descendants du banquier, John Byrne.

En 2009 déjà, les héritiers von Mendelssohn-Bartholdy avaient conclu un accord avec le Musée d'Art moderne et le Musée Guggenheim à New York laissant les deux établissements propriétaires de deux autres toiles du peintre espagnol: le "Jeune homme et cheval" et "Le moulin de la Galette", deux oeuvres estimées à 200 millions de dollars chacune, selon la revue allemande Der Spiegel.

La famille s'est longtemps battue en justice pour récupérer des tableaux que leur ancêtre aurait été obligé de vendre en 1934, dans un marché déprimé, en raison des persécutions des nazis envers les juifs.

Paul von Mendelssohn-Bartholdy avait envoyé ses trois Picasso en Suisse en 1933 pour les mettre à l'abri après l'arrivée au pouvoir des nazis et peu après avait décidé de les vendre, avant de décéder en 1935.

Ces tableaux sont ensuite entrés en possession des musées d'Art Moderne, Guggenheim et de la fondation Andrew Lloyd Webber, basée à Berkshire en Grande-Bretagne mais Julius Schoeps, le petit-fils d'une soeur du banquier berlinois, a engagé des actions en justice pour les récupérer, affirmant que son aïeul avait vendu ces chefs d'oeuvre sous la pression et qu'il en était le vrai propriétaire.

Portrait d'Angel Fernandez de Soto,1903

Jacqueline

La Maison de ventes aux Enchères Christie's a vendu hier soir à Londres ce très beau portrait de Jacqueline pour 9,3 millions d'Euros, ce n'est pas un record mais quand même un bien joli prix en cette période. Le record mondial d'enchères tenu par le tableau de Picasso "Jeune homme à la pipe" a été battu hier soir chez Sothebys par la sculpture de Giacometti "L'Homme qui marche" adjugé à 104,32 Millions de dollars tout frais compris .

Ce portrait de femme daté du 24 mai 1963 représente Jacqueline, l'épouse du peintre qui partage sa vie depuis le milieu des années 1950. Les portraits et, plus particulièrement, la figure féminine ont toujours été un sujet de prédilection pour Picasso. La pose très frontale et le cou démesurément allongé en font cependant un portrait original. Si la déformation des visages est une vraie tarte à la crème quand il s'agit de décrire le style " picasso ", on reste surpris face à ce portrait par tant de réalisme ! Ici le traitement du visage est presque classique, les yeux, le nez, la bouche sont positionnés de face dans un visage de face, seul le cou est déformé. Un long cou mince dont Picasso avait déjà affublé Françoise Gilot en 1946 dans plusieurs tableaux, puis Jacqueline en 1954 dans le "Jacqueline au mains croisées du Musée Picasso de Paris.

Lydia Gasman

La lecture du New York Times en ligne nous apprend le décès à l'age de 84 ans de Lydia Gasman.
Lydia Gasman fut un éminente historienne de l'art, professeur d'histoire de l'art dans plusieurs universités américaines et grande spécialiste de l'oeuvre de Picasso. Elle est née en Roumanie où elle débuta une carrière de peintre puis elle pu partir pour Paris et ensuite aux Etats-Unis où elle obtint en 1981 un doctorat “Mystery, Magic, and Love in Picasso, 1925-1938: Picasso and the Surrealist Poets” à l'Université de Columbia. Ces recherches ont radicalement renouvelées notre regard sur l'oeuvre de Picasso. C'est elle qui révéla, entre autres choses, le caractère sexuel du motif des cabines dans les scènes de plages de la fin des années 20 et des années 30. Au cours des trois dernières décennies, Lydia Gasman n'a cessé d'éclairer le travail de Picasso; dans son dernier ouvrage "War and the cosmos in Picasso's text 1936-1940 ", elle nous donne les clefs pour comprendre la dimension philosophique des écrits de Picasso. Malheureusement, aucun de ses livres n'a été traduit en français .
"Baigneuse ouvrant une cabine , 1928" ( Musée Picasso Paris)

La collection Alexandre et Odile Loewy

Sothebys disperse le 24 mars prochain la collection Alexandre et Odile Loewy (voir le catalogue en ligne) .

Cette collection d’une vingtaine d’œuvres sur papier et sculptures modernes témoigne du goût raffiné et très sélectif d'Alexandre Loewy, libraire parisien, et de sa femme Odile. La vente propose plusieurs oeuvres de Picasso et une gouache de 1930 de Marc Chagall, trois dessins d’Henri Matisse ainsi que des œuvres de Fernand Léger, Francis Picabia, Raoul Dufy et Henri Laurens. L’exposition des œuvres débute le vendredi 19 mars à 14h et se poursuit les 20, 22 et 23 mars.
Ce portrait de la compagne de Picasso au cours des années trente est une des rares aquarelles du peintre, toute la douceur et la blondeur de sa jeune compagne apparait sur ce dessin dédicacé à Louis Fort qui était imprimeur et avec lequel il travailla pour les gravures du "Chef d'oeuvre inconnu" édité par Vollard en 1931.

Marie-Thérèse de profil, 25 octobre 1932

à la plage ....

Le mois de mai 1929 fut consacré aux baigneuses et à leurs cabines de plage. Quelques tableaux montrent les jeux de ballon et activités sportives auxquelles de grandes femmes élancées aux bras démesurés s'adonnent.
Rien n'étant jamais fortuit dans le travail de Picasso un carnet conservé au Musée Picasso nous raconte la génèse de ces tableaux.
Etudes de trois peintures: "Personnages" ; "Deux personnages" ; "Baigneuses à la cabine, daté du 19 mai 1929.

Les femmes occupent tout l'espace du tableau , leurs têtes touchent le haut de la composition, les bras sont repliés comme pour rester à l'intérieur du cadre, les cabines de plage sont toutes petites et confinées dans les coins. Ces corps monumentaux prennent le chemin de la sculpture que Picasso va expérimenter de manière intensive dans les années suivantes.

les cabines de plage ( suite)

Voici le tableau dont nous avons vu il y a quelques jours le dessin préparatoire dans un carnet conservé au Musée Picasso. On retrouve cette monumentalité des figures où la cabine sur la plage est réduite une simple boite. Lydia Gasman, dont nous évoquions la mémoire il y a quelques semaines, nous avait éclairé sur la signification de la cabine dans les tableaux de Picasso de cette époque. La portée ambivalente et sexuelle de la cabine s'exprime largement dans ce tableau, le registre coloré en deux tonalités : froid à gauche et chaud à droite, lignes rectangulaires et anguleuses opposées aux lignes sinueuses et emmêlées. Aucun homme n'est jamais présent, la cabine le remplace .
Les tableaux de cette période sont peuplés de femmes souvent identifiées à Marie-Thérèse qui aimait tant le sport et qui s'installa un été à Dinard pour être auprès de Picasso .
Ce tableau fut peint à Paris entre deux séjours à Dinard (été 1928 et 1929).

Baigneuses à la cabine, 19 mai 1929 ( Musée Picasso Paris)

A voir cet été ...

Le musée Fernet-Branca La collection Planque " De Degas à Picasso "

Nous avons déjà évoqué dans notre site la figure de Jean Planque , collectionneur et marchand dont la collection comprend plusieurs oeuvres importantes de Picasso. Autodidacte, c’est en visitant avec avidité les musées et les galeries qu’il acquiert sa formation et il peint aussi un peu grâce aux conseils du peintre Walter Schüpfer. Sa vision de l’art va évoluer radicalement après avoir vu les aquarelles de Paul Klee qu’il prit au premier abord pour des dessins d’enfants. Il va travailler à la galerie Tanner à Zurich, puis en 1954, il rencontre le marchand bâlois Ernst Beyeler dont il restera le collaborateur jusqu’en 1972. Il commence alors une collection personnelle: Auberjonois, Berger, Bissières, Bonnard, Braque, Cézanne, Degas, Delaunay, Klee, Léger, Rouault, de Staël, Tobey et Francis parmi d'autres. Mais cela sera surtout la rencontre avec Jean Dubuffet, dont il défendra l’œuvre avec enthousiasme, qui va enrichir ses connaissances et ses goûts artistiques. Ce peintre est, avec Picasso, l'artiste le plus représenté dans sa collection.

Femme au chapeau dans un fauteuil, 1939

du 30 mai au 24 octobre 2010
Espace d’Art Contemporain Fernet Branca
2, rue du Ballon
68300 SAINT-LOUIS

Aller à Barcelone...

Quelques idées pour l'été :

Aller à Barcelone visiter le Musée Picasso pour voir une exposition sur Rusiñol, un peintre catalan ami de Picasso.
Rusiñol a eu une grande importance dans les années de formation de Picasso, ils furent parmi les artistes se retrouvant aux 4 gats, le cabaret à la mode et rendez-vous des avant-garde à Barcelone au début du XXe s.

Portrait de Santiago Rusiñol, 1900 ( collection particulière)
au Musée Picasso jusqu'au 5 septembre 2010

Le Chateau de Vauvenargues


Le château de Vauvenargues où Picasso séjourna entre 1959 et 1961 est maintenant accessible à la visite, il suffit de réserver à l'avance sur le site internet du chateau www.chateau-vauvenargues.com
Ce lieu étonnant a conservé la présence du peintre, quelques sculptures vous y accueilleront et les taches de peinture sur le sol de l'atelier sont toujours là .
C'est depuis l'année dernière pendant que le musée Granet de Aix-en-Provence présentait une partie des oeuvres de Picasso réalisées à Vauvenargues dans le cadre de son exposition " Cézanne -Picasso" que le château a été ouvert au public.
C'est le seul lieu où résida Pablo Picasso qui reste accessible au public.

Cet été, une exposition présente les photographies de Jacqueline: vie quotidienne, amis en visite et autoportraits de Jacqueline.

(photo : Christine)

10 ans !

C'est le 10e anniversaire du Graphikmuseum Pablo Picasso de Munster en Allemagne.

Quels chiffres: 53 expositions et 800 000 visiteurs depuis son ouverture.

A l’occasion de ses dix ans, le Graphikmuseum Pablo Picasso organise de nombreuses manifestations musicales, théâtrales et cinématographiques à Münster au cours du mois de septembre 2010.
Et une exposition " Dans l'atelier du peintre" dont vous pourrez découvrir quelles images et un entretien avec le directeur du Musée, Markus Müller dans le prochain n° de notre journal OJO .
Pour plus d’informations:
www.graphikmuseum-picasso-muenter.de


photo: Christine

Le cabinet des douze

Un nouvel opus de Laurent Fabius, "Le cabinet des douze", vient de paraitre aux édition Gallimard.
En sélectionnant 12 oeuvres parmi la peinture, Laurent Fabius s'essaye à un panorama de ce qui " fait la France".
Nous retrouvons Pablo Picasso au chapitre " La Guerre" avec deux oeuvres " Femme nue debout " datée de 1940 et " Le charnier" de 1945 , toutes deux conservées au MOMA à New York.
Nous échappons, pour une fois, à un Picasso vu uniquement à travers le prisme de sa vie privée et aux simplifications hâtives sur le cubisme. Au contraire, Laurent Fabius esquisse à partir du thème de la femme à sa toilette traité par Picasso dans ce grand tableau du Moma une analyse politique et nous montre que Picasso avait une vision politique des évènements historiques. De la défaite de 1940 à la découverte des camps d'extermination, la peinture de Picasso durant la période de la seconde guerre mondiale évoque le traumatisme de la guerre, les privations de l'occupation et l'horreur de la Shoah.

Le Cabinet des douze, par Laurent Fabius, Gallimard, 224 p., 85 ill., 85 euros (en librairie le 9 septembre).

Femme se coiffant, 1940 ( New York Museum of Modern Art)

Le Charnier, 1945 ( New York Museum of Modern Art)

Que faire le 8 octobre ?

Voici à un an d'intervalle ce que Picasso fait un 8 octobre :
Même sujet , même composition:
Les 10 dernières années de son travail entre 1964 et 1973, Picasso va resserrer les thèmes qu'il va traiter dans sa peinture: le nu, le couple, les hommes en buste. La femme nue allongée sur un divan devient son modèle principal, sa femme-modèle ainsi que Marie-Laure Bernadac le décrit si justement dans le catalogue de l'exposition "le dernier Picasso ".
La femme devient peinture, le sujet de la femme nue allongée est l'essence même de la peinture. Ce sujet traditionnel de la grande peinture classique depuis Le Titien est pour Picasso l'archétype de la peinture, le lieu de toutes les expérimentations. Picasso continue le sillon creusé à l'époque cubiste: la volonté de monter un corps , un objet en volume sur une surface plane en renonçant aux règles de la perspective illusionniste. Le corps de la femme subit une torsion, le visage reste de face mais fesses et nombril sont sur le même plan mais ces déformations ne mettent pas en danger la cohésion du corps et sa dimension érotique.












8 octobre 1968 ( Tate Modern Londres) 8 octobre 1969 ( Collection particulière)

Houllebecq mauvais peintre ?

Alors ça y est Houellebecq vient de décrocher son Goncourt avec " la Carte et le Territoire". Depuis le temps qu'il attendait, on serait presque soulagé pour lui si ce livre n'était pas à ce point tissé de lieux communs sur l'art contemporain.
Ne croyez surtout pas que l'amertume me pousse à dire cela quand on sait le peu de cas que cet écrivain a pour l'oeuvre de Picasso. Ainsi ,il fait dire à Michel Houellebecq, l'un des protagonistes de l'ouvrage, ce jugement définitif sur Picasso: " il n'y a chez Picasso aucune lumière, aucune innovation dans l'organisation des couleurs et des formes, enfin il n'y a chez Picasso absolument rien qui mérite d'être signalé, juste une stupidité extrême et un barbouillage priapique qui peut séduire certaines sexagenaires au compte en banque élevé" (sic). S'agissant d'une oeuvre romanesque , on pourrait laisser à l'artiste le bénéfice de la fiction littéraire et ne pas s'offusquer de propos aussi lamentables mais il semble que cela soit réellement la conviction de l'écrivain puisqu'il a réitéré son dégout sur les antennes de France Culture (voir l'article de Libération du 14 octobre dernier ) et de France inter ce matin même.
Que l'oeuvre de Picasso continue à déranger et à interroger les intellectuels est une bonne nouvelle mais que les arguments avancés pour expliquer sa détestation soient si stupides pour reprendre l'adjectif m'étonne beaucoup pour un écrivain à qui l'on prête de grandes qualités d'analyse du monde contemporain....

Picasso, son œuvre et son public.Eau-forte sur cuivre Etat VII 16/03/1968 ( Musée Picasso Paris)

Colloque sur la contrefaçon des oeuvres d'art

La Fondation Giacometti organise au Musée Rodin les 27 et le 28 octobre 2010 un colloque sur l'épineux problème de la contrefaçon des oeuvres d'arts.
Le Marché de l'art est malheureusement confronté régulièrement au problème des faux en art, tirage illicites de sculptures à partir de surmoulage, copie de peinture, oeuvres "à la manière de" et copie servile portant les signatures des artistes. Quelles sont les armes des artistes ou de leur ayant droits pour lutter contre ces trafiques ?
Quelques pistes de réflexion seront évoquées durant ce colloque et demain Claudia Andrieu, responsable juridique de Picasso Administration nous donnera son analyse de la protection des oeuvres de Picasso.

Etude de costume pour Pulcinella "le Gendarme", 1920 ( Musée Picasso Paris)

Commémoration annuellle

Cette année verra le 130e anniversaire de la naissance de Picasso à Malaga le 25 octobre .
Un peintre du XIXe siècle est-il encore intéressant à étudier au vingt-et-unième siècle ?

à priori, la réponse est toujours oui : il y aura au moins 30 expositions sur l'oeuvre de Picasso à travers le monde en 2011, autant de catalogue et d'ouvrage monographiques et un colloque sur l'oeuvre littéraire à Zurich au mois de janvier.
La collection du Musée National Picasso de Paris sera en itinérance à travers le Monde, Etats-Unis, Australie et Taiwan. Le Grand Palais à Paris accueillera deux expositions qui feront la part belle aux oeuvres de Picasso: en Mars avec un regard croisé sur Césaire et Lam et Césaire et Picasso, puis à le rentrée de septembre, la famille Stein sera mise à l'honneur à travers leur mécénat au début du XXe siècle qui a révélé Picasso et Matisse. Le Musée de Barcelone continue son ambitieux programme d'exposition en collaboration avec des musées internationaux: Picasso à Paris 1900 -1906 avec le Musée Van Gogh d'Amsterdam qui accueillera en premier en février cette exposition. Le Musée de Malaga présentera au mois de juin "Picasso sous l'objectif du photographe David Douglas Duncan" qui rejoindra ensuite le Kunstmuseum Pablo Picasso de Munster en Allemagne .

Les yeux de l'artiste, 1917 ( Museo Picasso Malaga)

Les Stein ou l’invention de l’art moderne

L'année prochaine les Galeries Nationales du Grand Palais accueilleront une grande exposition internationale organisée en collaboration avec le Metropolitan Museum de New York et le Museum of Modern Art de San Francisco; La famille Stein et leur tableaux seront représentés par les oeuvres de Picasso, Matisse et Cézanne.

Les trois frères et soeur, Michael, Léo et Gertrude s'installent à Paris au début du 20e siècle. Dès 1905, Léo acheta un tableau de Picasso chez Clovis Sagot et rendit aussitôt visite à Picasso au Bateau-Lavoir où le peintre avait alors son atelier. Gertrude y vint également, et bientôt Picasso accompagné de Fernande iront prendre le thé Rue de Fleurus chez Gertrude.
Un portrait de Gertrude est décidé et l'écrivain alla régulièrement à Montmartre pour plusieurs séances de pose. Gertrude Stein dans son ouvrage " Autobiographie d'Alice B. Toklas" raconte que 80 ou 90 séances furent nécessaire pour la réalisation de ce tableau que Picasso dû interrompre au printemps suivant " je ne vous vois plus quand je vous regarde" .
Le tableau fut néanmoins terminé après le séjour determinant de Gosol dans l'élaboration du cubisme.

Portrait de Gertrude Stein, 1906 ( Metropolitan Museum of Art New York )

Colloque sur la poèsie de Picasso

Le 14 et 15 janvier dernier à Zurich accueillait un colloque sur les écrits poétique de Picasso organisé par le Romanisches Seminaire de l'Université de Zürich. Ces deux jours intenses ont été l'occasion d'écouter les communications de chercheurs et historiens d'art européens: Marie-Laure Bernadac qui fut à l'origine de la publication de l'ouvrage pionnier sur le travail littéraire de Picasso publié par Gallimard en 1989 et qui est maintenant conservateur chargé de l'art contemporain au Musée du Louvre, Androula Michael qui a écrit plusieurs ouvrages sur les poèmes de Picasso dont "Picasso poète" aux éditons de l'Ecole des Beaux-arts en 2008 , Fabienne Douls Eicher qui travaille sur une thèse «Poésie et théâtre: l’écriture de Pablo Picasso à l’épreuve de sa peinture».
Le Kunsthaus nous accueilli pour une seconde matinée pendant laquelle nous avons pu écouter un extrait de la pièce " Le désir attrapé par la queue" , la prestation était en allemand mais le jeu des deux comédiens étaient passionnant et nous a permis de saisir malgré la langue toute la vitalité de l'expression littéraire de Pablo Picasso .
La session s'est terminé par une s visite de l'exposition PICASSO au Kunsthaus: il s'agit de la re-création de la première exposition muséale de Picasso en 1932 à Zurich. Picasso avait choisi lui-même les oeuvres et était venu supervisé l'accrochage. Le Kunsthaus a pu assemble plus de 80 tableaux de cette première exposition et le résultat est époustouflant, des oeuvres cubistes rarement exposées et un tableau du Musée des beaux-arts de Téhéran montrant " Le peintre et son modèle" n sujet fétiche de Picasso .
L'exposition est encore ouverte jusqu'au 30 janvier jusqu'au 30 janvier


"Sur le dos de l'immense tranche de melon ardent", 1935 ( Musée Picasso Paris ) Photo RMN

Colloque ( suite)

Voici un extrait de l'introduction que Fabienne Douls Eicher a communiqué lors du séminaire le 15 janvier dernier au Kunsthaus de Zürich:

Picasso s’est peu exprimé sur son œuvre, préférant laisser à d’autres le soin de l’étudier. Il disait : « ... Sans doute existera-t-il un jour une science, que l’on appellera peut-être ‘la science de l’homme’, qui cherchera à pénétrer plus avant l’homme à travers l’homme créateur... Je pense souvent à cette science et je tiens à laisser à la postérité une documentation aussi complète que possible…».

Picasso nous a laissé 40 000 peintures, dessins, gravures et sculptures ainsi que 400 poèmes et deux pièces de théâtre, un ensemble d’œuvres à partir duquel il nous appartient donc d’établir cette anthropologie de l’acte créateur que Picasso appelait de ses vœux. Et si ses écrits sont restés jusqu’à présent très peu étudiés, il importe qu’ils le soient en tant que volet spécifique du processus créatif protéiforme de Picasso.

Le geste créateur dans son essence n’est pas seulement intentionnalité et conscience, il est avant tout désir d’être. Or on sait que Picasso peint moins dès 1933. Comme si la rétrospective de Zurich avait marqué la fin d’un cycle de 30 années de recherche picturale. Ses détracteurs lui reprochent de toujours chercher à renouveler son art au lieu de tenter de l’approfondir. Ce à quoi André Malraux répondra : « La constance de son art vagabond, c’est l’approfondissement de sa révolte ».
A 53 ans, accablé par les difficultés de sa vie privée, Picasso va donc poursuivre son vagabondage existentiel. Il revient pour un temps au dessin aves les Crucifixions et Minotauromachies. Du dessin à l’écrit, il n’y a qu’un crayon : « un crayon qui parle », dira-t-il. Et c’est l’écriture qui va devenir le matériau d’une quête artistique nouvelle en même temps qu’un puissant moyen d’expression. Il écrira pour moitié en espagnol, pour moitié en français pendant près de 25 ans.

Pourtant seulement un quart des écrits de Picasso ont été publiés de son vivant, pour l’essentiel dans la revue Cahiers d’art. Il faudra attendre 1989 pour voir la publication chez Gallimard de l’ensemble de ses manuscrits, conservés aujourd’hui au Musée Picasso à Paris.

L’aventure littéraire de Picasso ne peut se comprendre sans évoquer ses amitiés fortes avec les poètes Max Jacob, Guillaume Apollinaire et Paul Eluard et son rôle décisif dans le rapprochement des avant-gardes poétiques et picturales à Paris. En ce début de siècle, les mouvements esthétiques Futurisme, Dadaïsme, Esprit nouveau, Surréalisme font aussi de la littérature un champ d’investigation. Et lorsque James Joyce bouleverse les lois de l’écriture, Carl Gustav Jung à Zurich le qualifie de « frère littéraire » de Picasso, posant un diagnostic commun de skizophrénie dénoué de toute compréhension pour l’art moderne.

Picasso avait toujours eu l’habitude de remplir des carnets de notes ; mais en 1934, il se laisse prendre par cet élan littéraire transgressif et son écriture s’emballe. Il use du langage comme de la peinture, avec une vertigineuse liberté, faisant basculer le texte d’une logique référentielle vers le non-sens apparent. Eclairant son propre processus créateur, il dira cette année-là : « Tout acte de création est d'abord un acte de destruction. »

Poussé par ses relations avec les Surréalistes, il s’empare de l’écriture automatique, qui consiste à écrire de manière rapide et spontanée pour échapper au contrôle de la raison, et va l’adapter. Alors que l’écriture automatique interdit les corrections, Picasso effectue un retravail conscient. Ayant laissé jaillir l’imprévu et la nouveauté, il intervient sur l’avant-texte soit par corrections soit par réécriture pouvant aller jusqu’à 12 versions différentes.

Sur le plan technique, on note un système d’écriture déstructurée - l’absence apparente de schéma narratif; l’absence de ponctuation; une syntaxe rudimentaire; des procédés stylistiques d’accumulation et de rupture de construction, la présence de notes de musique ou de signes mathématiques.

Subtilement, quelques magnifiques alexandrins essaiment ces écrits « A l’instant où la roue équilibre sa chance », comme pour mieux valoriser le processus de démantèlement du langage auquel il s’attache. Car peu importe le sens logique, ce qui compte ce sont les relations entre les mots. La non divulgation de ses écrits tient pour une grande part à cet hermétisme.
Sur le plan conceptuel, les figures de style sont mises au service d’une poétique du déplacement et de la fragmentation non sans rapport avec l’imaginaire surréaliste et la décomposition cubiste.
« quand la lumière arrive comptant ses pas si fatiguée et chargé de tant de rides » : comme on le comprend à la lecture de ce vers, en se servant d’éléments réels comme motifs - que ce soit dans ses toiles ou dans ses textes – Picasso signifie que ce n’est pas la copie du réel qui l’intéresse, mais le déplacement de sens qui va s’opérer et lui permettre de remplacer la réalité vue par la réalité conçue.

Au niveau sémantique, il privilégie les figures de style qui multiplient les niveaux de sens et lui permettent de produire des images mentales puissantes. Il fait large usage des métaphores et des métonymies, et notamment d’un type particulier de métonymie, la synecdoque de la partie pour le tout, qui lui permet d’attirer l’attention sur les détails et de donner de la réalité décrite une vision fragmentée : « quand la lumière arrive comptant ses pas si fatiguée et chargé de tant de rides » ou encore « le drap noir de la fenêtre claque sur la joue du ciel emporté par l’aigle vomissant ses ailes », une image qui renvoie dans ces premiers mois de guerre à l’aigle noir aux ailes déployées du 3e Reich en même temps qu’aux avions de la Luftwaffe lâchant leurs bombes.

L’analyse génétique des textes permet par ailleurs d’établir la manière dont Picasso, en plasticien, marque de manière visuelle son champ d’écriture. Certains écrits prennent la forme de blocs compacts de prose, écrits parfois tout en majuscules. Mais la majorité témoigne d’une volonté d’espacer les mots par une structuration spatiale, parfois sous forme de vers libres.

Dans la lignée de Stéphane Mallarmé, Picasso va s’intéresser au développement du poème dans l’espace de la page blanche. Mais alors que le blanc matérialise chez Mallarmé « l’espacement de la lecture » dans lesquels les mots semblent flotter, le blanc chez Picasso se combine aux mots et rythme l’espacement de l’écriture. Si le blanc a valeur de silence chez Mallarmé, il a valeur de vide chez Picasso. De vide qu’il convient d’occuper. Ainsi Picasso matérialise l’espace entre les groupes de mots et les interlignes par une ligne. Une ligne comme en peinture, libre et exploratrice qui guide le processus créateur, accélère le rythme du poème lorsque les mots marquent un arrêt. Comme si la pensée plastique rivalisait alors le relais de la pensée poétique, pour poursuivre cette « fuite en avant » dont parle Picasso lorsqu’il évoque le travail de l’esprit.

Nous la remercions beaucoup de nous permettre de reproduire son texte .

" Il neige au soleil" , 1934 Musée Picasso Paris ( Photos RMN)

Guitares 1912–1914 - Exposition au Moma New York du 3 février au 6 juin 2011

Le Moma de New York présente une exposition très intéressante sur les 2 guitares cubistes de Picasso appartenant à ce musée , un site internet est entièretment dédié à cette exposition avec des séquences video montrant les détails des papiers collés et épinglés accompagnés de commenaires très érudits .

MOMA site dédié à l'exposition

Entre Octobre et Décembre 1912, Pablo Picasso crée une guitare. Bricolé à partir de carton, papier, ficelle et de fil, puis coupé, plié, fileté, collé ou peint, cet instrument ne ressemble à aucune autre sculpture. En 1914, l'artiste a réitéré sa construction en remplaçant le papier fragile par de la tôle plus durable. L'exposition explore ce moment crucial dans l'art du 20e siècle,. Réunissant quelques 70 collages, constructions, dessins, peintures et photographies , cette exposition offre une vision nouvelle éclairant des processus transversaux dans l'oeuvre de Picasso dans

Guitare,
variante assemblée avant le 15 novembre 1913.
Carton, papier, ficelle, fil peints et installé avec la boîte en carton
The Museum of Modern Art, New York. Don de l' artiste

Les ventes de Mars à Paris

Traditionnellement la saison des ventes commence à Paris dès le mois de Mars. Cette année, MILLON et Associé présente le 18 mars prochain à la vente à Drouot Richelieu un très beau portrait de Dora daté de 1942.

Picasso après quelques mois passés à Royan en 1939, rentre à Paris dès septembre 1940 et s'installe dans son atelier de la rue des Grands-Augustins à deux pas de l'appartement de Dora Maar , rue de Savoie . Son univers se réduit au café de Flore , au restaurant le Catalan et aux promenades jusqu'au square du Vert-Galant qui trouveront place dans ses peintures. Les supports vont évoluer également, aux toiles que les restrictions dues à l'occupation rendent plus difficile à obtenir, Picasso va ajouter les journaux. Il va tracer sur les unes de PARIS-SOIR organe collaborationniste de larges têtes de femme dont des visages déformés sont les échos de cette période tourmentée. Ce portrait de femme présenté par MILLON brossé de larges coups de peinture, rouge , bleu de prusse poursuit ses recherches de "défiguration" du portrait et s'inscrit ainsi contre les canons de l'esthétique nazie; ( lire à ce sujet le texte de Anne Baldassarri dans " Picasso -Dora Maar , il faisait tellement noir - Flammarion 2006) .

Tête de femme, 11 janvier 1942
huile sur papier marouflée sur toile mesurant 40 x 30,5 cm
estimation 150 000 à 200 000 €

Nu à la sellette à la Tate Modern

Le tableau de Pablo Picasso, Nu à la selette 1932 , vendue par CHRISTIES en Mai 2010 pour le record mondial des enchères ( 82 Millions d'euros) , est exposé depuis lundi dernier à la Tate Modern, dans la salle consacrée à Picasso dans ce musée.
"C’est une peinture remarquable et je suis ravi que grâce à la générosité de son propriétaire, nous soyons en mesure de la montrer pour la première fois au public britannique», a déclaré le directeur du musée, Nicholas Serota.

(Source AFP)

Aimé Césaire et Picasso

Aujourd'hui à 17 h , un hommage solennel lui sera rendu lors d'une cérémonie au Panthéon pendant laquelle une plaque sera dévoilée, la dépouille du poète restant selon son souhait à Fort-de-France. La cérémonie sera retransmise au direct sur France 2 et France O .

On peut voir également, en ce moment et jusqu'au 6 juin, une petite exposition aux Galeries Nationales du Grand Palais " Césaire Lam Picasso " . Cette exposition célèbre le 70e anniversaire de la fructueuse rencontre entre Aimé Césaire (1913-2008) et Wifredo Lam (1902-1982), « un coup de foudre » dira le poète, « deux artistes frères » affirmera le peintre. Outre les toiles, eaux-fortes et dessins de Lam, elle réunit des gravures et une peinture de Picasso, deux dessins et le tableau Antille, d’André Masson (musée Cantini, Marseille), des ouvrages ou témoignages de Jean Pons, Henri Guédon et Daniel Buren inspirés par les poèmes et écrits de Césaire.

Nous avions évoqué ici même Césaire lors de son décès en avril 2008

Illustration pour " Corps Perdu " , 1948

Can to canvas

Marseille , 25 et 26 mai et Antibes, 27 mai 2011 site internet www.fromcantocanvas.fr

La semaine prochaine Marseille accueillera un colloque dont le sujet intéresse particulièrement l'oeuvre de Picasso .On étudiera l'utilisation de la peinture Ripolin dans l'oeuvre de Picasso qui dès l'époque cubiste en 1912 incorporera des détails peints au Ripolin pour donner une connotation spéciale à ces détails dans sa composition .

Ce colloque international de trois jours représente le point culminant d'un programme de recherche entre l'Art Institute of Chicago (AIC), le Centre Interrégional de Conservation et Restauration du Patrimoine (CICRP, Marseille), et le Musée Picasso d'Antibes. Il sera le premier à approfondir la technologie des premières peintures industrielles (et autres peintures à usage non artistique) et leur utilisation par les artistes avant 1950. Une attention particulière sera portée à l'étude des peintures de la marque Ripolin® que Pablo Picasso (1881-1973) et ses contemporains auraient abondamment utilisées.

Bouteille de Pernod et verre, 1912 ( Musée de l'Ermitage Saint-Petersbourg) , les lettres sont peintes au ripolin.

Le Chateau de Vauvenargues

Le ChÄteau de Vauvenargues accueille une nouvelle exposition d'une soixantaine de gravures de Picasso, du 17 juin au 18 septembre 2011

L'exposition présentée au château de Vauvenargues propose un choix de gravures et de livres illustrés par Pablo Picasso des années 1936 à 1972. S'y côtoient les animaux du " Buffon", les scènes de corrida de "La Tauromaquia", les acrobates du cirque, les filles des maisons closes ou le peintre dans son atelier. Des photos de Jacqueline Picasso et David Douglas Duncan seront aussi présentées dans le parcours .
Le château qui abrita quelques années entre 1957 et 1959 l'atelier de Picasso était resté la demeure de Jacqueline qui souhaita y reposer auprès de Picasso. On peut y voir le seul atelier du peintre à avoir conservé son état d'origine. C'est grâce à Catherine, la fille de Jacqueline que l'on peut maintenant depuis trois ans visiter ce lieu unique l'été.
Picasso, son œuvre et son public. Etat VII, 16 mars 1968

Un spectacle au Chateau de Vauvenargues

DANS L'ARENE DE PICASSO du 25 Juillet au 10 Aout, château de Vauvenargues

C'est dans la « pinède » du château qui fait face à la montagne Sainte Victoire que tous les soirs de cet été aura lieu un spectacle crée à partir des textes de Picasso.
Cette création originale et inédite accueillera dans ce l théâtre à ciel ouvert une pléïade d'artistes se succéderont pour rendre hommage au peintre qui repose à proximité. Ce montage de textes est le fruit d’un travail d’appropriation, de réflexion et d’interprétation.

Christophe Malavoy, Xavier Gallais, Arnaud Charrin, Francis Huster, Myriam Boyer, Abd Al Malik, Denis Podalydes, Loic Corbery, Oxmo Puccino, Niels Arestrup, Jacques Weber, Eric Ruf, Michel Vuillermoz, Florence Viala, Dominique Pinon, Jacques Frantz. Musique, Marco Beacco, Erik Truffaz, Nicolas Di Mambro et Marcello Guilliani, hibault Chevaillier et Romain Coltier.

lien pour les informations

Le Château de Vauvenargues ( crédit photo : Christine )

Après les vacances (2)


Simultanément à son travail de peinture, Picasso élabore sur ses carnets des recherches sur les figures qu'il a tracé sur la toile. Les grandes figures de femmes jouant au ballon sur la plage que nous venons de voir sur le tableau du Musée Picasso sont reprises dans les carnets, véritable laboratoire de sa pensée.
Ces figures se développent vers une monumentalité qui donnera naissance à de nouvelles recherches en sculptures .

Carnet de juillet à décembre 1928 - feuillet daté au centre gauche: "28 Août 1928/Le 29 A." ; au centre droit: "28 Août 1928/Le 31 septembre" ( Collection particulière )

Guernica

Une nouvelle fois le pays basque réclame l'installation du tableau de Picasso dans leur région:
" La mairie de la localité de Gernika, en Biscaye, a revendiqué, samedi 10 septembre, la Députation forale de Biscaye et les gouvernements basque et espagnol, l'ouverture des formalités nécessaires pour le transfert "définitif" de la peinture 'Guernica' de Pablo Picasso à la ville basque." AFP
Le déplacement de Guernica au pays basque est une vieille histoire qui a été déjà à plusieurs reprises statué par le gouvernement espagnol. Ce tableau a été donné par Picasso à l'Etat Espagnol, son retour sur le territoire espagnol avait été conditionné au changement de régime politique, le tableau avait rejoint le Musée du Prado dont Picasso avait été nommé symboliquement le directeur lors du Front Populaire , puis à la création du musée d'art moderne, Guernica fut installé au MUSEO CENTRO de ARTE REINA SOFIA entouré des études préparatoire que Picasso avait également offertes. Le tableau ne bougera plus de ce musée.
Faute de se déplacer à Madrid, on pourra simplement aller à Sarran en Corrèze au Musée Jacques Chirac pour y découvrrir une exposition-dossier sur les 42 dessins préparatoires à Guernica . En effet, à parti de novembre prochain , ce musée qui présente les cadeaux reçus par Jacques Chirac pendant ses deux mandats à la tête de la république française, exposera au public les fac-similés de ces études . Ce port-folio qui a té édité en 1990 avec l'accord de la succession Picasso permet de découvrir le travail préparatoire de Picasso pour cette toile. Où l'on comprend que rien n'est laisser au hasard et que cette compositionest un moment exceptionnel dans la production du peintre.

étude pour " Guernica" 5 mai 1937 ( Museo Centro de Arte Reina Sofia - MADRID)

L'aventure des Stein

C'est parti ! Voici la grande exposition de la rentrée aux Galeries Nationales du Grand Palais " L'aventure des Stein" ou comment quelques jeunes américains au début du XXe siècle ont pu collectionner les maitres majeurs de l'art Moderne: Picasso et Matisse.
Les salles du Grand Palais nous présentent les collections extraordinaires que Léo, Gertrude et Michael Stein, trois frères et soeurs de la cote ouest des Etats-Unis qui ont pu rassembler chacun selon leur préférence. Ils furent davantage que des collectionneurs, ils ouvrirent leurs salons aux peintres de l'avant-garde parisienne qui purent ainsi découvrir le travail de leur confrères , Picasso et Matisse rivalisèrent ainsi pendant quelques années par salon interposé !

Léo et Gertrude Stein, dès 1905, achetèrent à Ambroise Vollard quelques Picasso, puis Gertrude trouva en Picasso son alter ego et collectionna des pièces majeures du cubisme. Après la 1e guerre mondiale, la cote de Picasso devint trop élevé pour les moyens de Gertrude qui garda sa collection jusqu'à son décès en 1946 en vendant de temps en temps une pièce selon ses nécessités. Sa compagne Alice Toklas conserva la collection et son accrochage serré à leur domicile parisien rue Christine. A son dèces la collection fu dispersé parles descendant ds neveux de Gertrude Stein et les tableaux rejoingnirent pour la plupart les cimaises des grands musées américains.

La table de l'architecte, 1912 ( MOMA New York)

Picasso à la Frick

Picasso's Drawings, 1890–1921: Reinventing Tradition October 4, 2011, through January 8, 2012 à la FRICK Collection NEW YORK

Une soixantaine d'œuvres sur papier illustre le travail de Picasso; Des portraits précoces de son enfance espagnole, aux innovations radicales du cubisme et des papiers collés puis par un retour au classicisme après la Première Guerre mondiale cette exposition new-yorkaise capte la fraîcheur des découvertes de Picasso des sources occidentales et non occidentales qui ont nourri son imagination et permet de reconnaitre la place prépondérante qu'il occupe dans la grande tradition du dessin.

Extraits du catalogue ": Les mois d'été que Picasso a passé à Fontainebleau en 1921 ont représenté une période de grande créativité de l'artiste, pendant laquelle la pratique du dessin à occuper le rôle principal. Il s'est concentré sur des sujets à connotation classique, femmes en robes antiques en référence à la fontaine de Napoléon dans le parc du palais. Le choix de Picasso de certains matériaux, notamment des pastels, crayon, fusain reflète également sa réponse aux dessins qu'il a pu étudier dans une exposition au château des membres de l'Ecole de Fontainebleau. Pour ses propres compositions, il a travaillé sur différents formats et expérimenté avec les notions classiques d'échelle et de monumentalité.
Les photographies de l'atelier de Fontainebleau révèlent que, en plus de plusieurs grands tableaux, Picasso a fait un certain nombre de dessins grand format des têtes des femme. Bien que ces têtes, qui ont été effectuées soit à la gouache ou soit au pastel, font généralement référence sous la forme de la sculpture antique et en couleur à la peinture murale pompéienne, les femmes représentées ont une certaine ressemblance avec la femme de l'artiste Olga. À son retour à Paris à la fin de Septembre 1921, Picasso a entrepris une série de dessins de femmes réunies auprès d'une fontaine. Pour les différentes variantes, dont certaines ont été réalisées sur de grandes feuilles de papier, Picasso a choisi les pastels délicats, gouache, fusain et crayon. Ces femmes monumentales, qui parfois portent des chapeaux fleuris et les voiles et sont habillées en tenue contemporaine, et sont ainsi transformées en ces temps modernes en sœurs de la femme à la fontaine classicisante de Fontainebleau faite à peine quelques semaines plus tôt."

Femme au chapeau bleu à fleurs, 1921 ( MOMA New York)

Cadeaux de Noël



Le 27 décembre 1953, Claude âgé de 5 ans est passionné par un jouet, un camion ou bien une locomotive. Est-ce un cadeau de Noël ?
Depuis le départ de Françoise Gilot en septembre 1953, Picasso est resté seul à Vallauris, mais les enfants reviennent passer les vacances de Noël.
Picasso fit de nombreux portraits de ses enfants, Claude et Paloma, tous très ressemblants.

Ce tableau est resté dans la collection personnelle du peintre jusqu'à son déces en 1973 , puis est entré par Dation dans les collections du Musée Picasso en 1990.

Enfant jouant avec un camion, 27 décembre 1953 ( Musée Picasso Paris)

Françoise Gilot


Françoise Gilot a 90 ans et expose dans deux lieux en ce moment: à la Kunssammlungen Chemnitz en Allemagne et dans une galerie à Budapest

Várfok Galéria, 1012 Budapest, Várfok u 11, jusqu’au 14 janvier 2012

FRANÇOISE GILOT. Zeichnungen 1941 - 2010 du 27 Novembre 2011 au 19 fevrier 2012

Même après soixante ans, Françoise Gilot continue à arracher de la forme et la couleur une approche visuelle à la fois personnelle et universelle. Elle ne se contente pas des chemins connus, elle voit sa tâche comme un artiste qui transforme et élargi les perceptions et stimule les spectateurs vers de nouvelles idées et expériences. Dans ses peintures les plus récentes, les forces de la nature, le temps et l'espace sont ses préoccupations. De toute évidence, les propres explorations de F.Gilot et sesréalisations démontrent comment la vitalité d'une tradition peut être maintenue et simultanément se diriger vers les territoires inexplorés du continuum du monde de l'art.
Courtesy Mel Yoakum, Ph.D. Director, The F. Gilot Archives

Mikrokosmos, 1983 Aquarell, Gouache auf Papier (62,5 x 56,5 cm) im Besitz der Künstlerin Foto: László Tóth, Chemnitz © Françoise Gilot

Berthe Weill


Marianne Le Morvan est l’auteur de la première biographie consacrée à la galeriste parue en novembre 2011 sous le titre "Berthe Weill (1865-1951)La petite galeriste des grands artistes " aux éditions " L'écarlate" et disponible ici

Nous avions évoqué ce marchand en novembre 2008 dans notre revue OJO n° 4:

Les Premiers Marchands de Picasso :
Berthe Weill (1865-1951)

« Un jeune Dieu qui veut refaire le monde ». Point trop d’emphase n’en faut, c’est en ces termes enthousiastes que le critique d’art au Mercure de France, Charles Morice, salua le jeune Picasso alors que ses œuvres de la période bleue, fraîchement rapportées de Barcelone, étaient exposées en décembre 1902 à la Galerie B. Weill.
Promotion, reconnaissance et lisibilité sur la scène artistique parisienne, autant de gages de légitimation apportés à Picasso par cette jeune galerie tenue par Berthe Weill, drôle de femme bourrue mais intègre, considérée de nos jours comme la première marchande officielle du maître espagnol à Paris.
Installée à son compte dès 1897 dans une petite boutique au 25 rue Victor Massé, dans le IX arrondissement, la galeriste rencontre Picasso vers octobre 1900 par l’intermédiaire du marchand Catalan Pedro Manãch. S’en suivra une collaboration courte de quatre années, relayée néanmoins par une amitié de toute une vie.
Entre 1900 et 1901, Berthe Weill réalise les premières ventes de Picasso à Paris auprès de grands collectionneurs aux personnalités variées : Adolphe Brisson, Directeur des Annales politiques et littéraires; Arthur Huc, directeur de la Dépêche de Toulouse mais aussi Olivier Saincère, haut fonctionnaire et amateur éclairé ou encore le banquier André Level. C’est toujours avec le soutien précieux de Manãch qu’elle inaugure en décembre 1901 la dite galerie, destinée avant tout à défendre les « Jeunes Peintres ».
La critique s’ensuit et ne tarit pas d’éloges. Durant l’année 1902, Berthe Weill va promouvoir l’artiste espagnol en organisant des expositions tout aussi remarquées que remarquables. La première, une confrontation entre Louis Bernard-Lemaire et Picasso, se tient du 1er au 15 avril 1902. Elle présente une quinzaine d’oeuvres de Picasso parmi lesquelles Le Tub, aujourd’hui à la Philips Collection de Washington. Le poète et critique, Félicien Fagus, remarque « le sens de l’énergie » de l’artiste dans son article sur les peintres espagnols, dans la Revue blanche du 1er septembre 1902. Du 2 au 15 juin ensuite, une œuvre – Courses à Auteuil – est incluse dans l’exposition de groupe Matisse, Villon, Marquet, Maillol, Picasso. Du 15 novembre au 15 décembre enfin, la galerie présente des œuvres de Girieud, Launay, Picasso et son compatriote Pichot.

Si Picasso se fait un « nom », de telles présentations ne sont pas à proprement parler de réels succès commerciaux. Ainsi, à son retour d’Espagne, en avril 1904, l’artiste se détourne de Berthe Weill pour le marchand Clovis Sagot. A la fin de l’année, une douzaine d’œuvres réalisées entre 1900 et 1903 sont proposées à la galerie B. Weill dans une exposition de groupe. Bien plus qu’une simple manifestation, il s’agit là d’une rupture professionnelle entre le peintre et la galeriste qui avait exposé des œuvres de son stock alors que l’artiste connaissait un changement esthétique qui allait aboutir à sa période rose.

De ces quatre années de collaboration déterminantes dans la carrière de Picasso, découle une authentique gratitude : en 1920, Berthe Weill pose pour lui afin qu’il dessine son portrait et en est très émue. Dix ans plus tard, il réalise un dessin pour illustrer la page de tête de ses mémoires, scellant ainsi leur « vieille amitié » sans cesse revigorée. Bien plus, de 1920 à 1943, l’artiste soutient financièrement Berthe Weill qui vit de façon précaire, en lui cédant par l’intermédiaire du collectionneur Max Pellequer, des œuvres à bas prix qu’elle revend à profit. La galeriste se retire des affaires en 1946 grâce aux importants bénéfices d’une vente aux enchères d’environ 80 peintures offertes par ses anciens peintres - parmi lesquels Picasso - « en reconnaissance des efforts désintéressés qui ont aidé leurs débuts. » ( auteur: Verane Tasseau )

Pour davantage d'informations, il faut consulter le site www.bertheweill.fr

Portrait de Berthe Weill, dessin 1920

Hiver

Picasso a peu peint de paysage pour le paysage; ici, nul personnage allongé, pas de chat se reposant sur la terrasse. Ce tableau, un paysage aux arbres sans feuille montrant une nature désolée , resta quelques temps chez Matisse à Nice.
Picasso et Françoise Gilot allèrent à plusieurs reprises au cours des années cinquante rendre visite à Matisse. Picasso lui apportait ses dernières peintures afin que Matisse, immobilisé sur son lit, puisse les connaitre, ils restaient tous à bavarder de longues heures et ce tableau fut installé en bonne place dans l'atelier afin que Matisse puisse le voir de son lit. Il souhaita le garder mais Picasso ne se détachait pas facilement de son travail et le paysage hivernal rejoignit l'atelier de Picasso quelques mois plus tard.

Paysage d'hiver, 22 décembre 1950 (Collection particulière)

Le Pompidou Mobile à Cambrai

Le Pompidou Mobile

Quinze oeuvres issues des Collection du Musée national d'art moderne sont partie en goguette sur les routes de France à bord d'un curieux attelage " le Pompidou Mobile" , une structure qui se rapproche du cirque et qui présente à tous les publics et particulièrement celui qui ne vient jamais au musée des oeuvres d'art moderne autour du thème de la couleur.
Les oeuvres sont installées dans des caissons transparents répondant à toutes les normes de sécurité . Picasso est présent à travers ce portrait de femme de 1944 qui évoque la couleur Bleue.
Le bleu a été associé à Picasso avec la "Periode bleue" dès les années 1901, période sombre et triste marquée par le décès de son ami Carle Casagemas et par des sujets évoquant la misère et la détresse humaine. Ce portrait peint pendant l'Occupation nous renvoie par ces couleurs froides à des sentiments sombres et inquiétants .

Toutes les informations pratiques sur le site du Centre Pompidou ou bien sur celui de la ville de Cambrai

Bonjour Leiris ! Alors , vous travaillez ?

Voici un extrait de l'ouvrage " Ecrits sur l'art de Michel Leiris" , l'écrivain se remémore sa première , ou plutôt sa deuxième rencontre avec Picasso :

" Je remontais la rue La Boétie, quand j'aperçus Picasso , marchant sur le même trottoir que moi et dans le sens opposé , en sorte que nous nous croiserions d'ici peu de secondes. Que devais-je faire ? Saluer (mais dans ce cas , j'aurais eu l'air de me prévaloir de notre précédente et si fugace entrevue , pour imposer mon souvenir au grand peintre) . Marcher les yeux fixés droit devant moi et faire comme si je ne le voyais pas ( mais j'eusse risqué alors de paraitre étrangement impoli si, par hasard , j'étais reconnu par l'intéressé). Nulle des deux solutions n'était satisfaisante et je ne trouvais donc dans un cruel embarras. J'en étais encore à peser le pour et le contre sans parvenir à un choix, quand je vis à deux pas de moi , un Picasso qui s'avançait la main tendue et me disait, comme s'il m'avait toujours connu : "Bonjour Leiris ! Alors , vous travaillez ?"..."

Leiris continue : "si je rapporte cette anecdote ... parce qu'elle me semble illustrer l'un des aspects les plus admirables du génie de Picasso : son infinie curiosité de ce que font les autres, cette prodigieuse ouverture d'esprit , grâce à laquelle il peut traiter de pair à compagnon avec quiconque et l'espèce de doute méthodique qui, l'empêchant de se mettre sur un piédestal , lui a permis de garder intacte - travers les années - sa passion de recherche"

Portrait de Michel Leiris, 28 avril 1963 IX ( entré par dation en 1996 dans les collections du Musée National D'art Moderne Centre Pompidou )

"Ecrits sur l'art" de Michel Leiris édition établie par Pierre Vilar - CNRS éditions 2011

Françoise et Pablo


Picasso et Françoise Gilot , Paris-Vallauris 1943-1953 à la Galerie Gagosian
New York du 2 mai au 30 juin prochain.

Cette exposition retrace le parcours commun de Picasso et de Françoise Gilot lors de leurs dix années de vie commune. Pour la première fois, les oeuvres de Françoise Gilot créées entre 1943 et 1953 sont réunies auprès de celles de Picasso réalisées pendant cette même période. Si quelques thèmes leur sont communs , les enfants, les scène de la vie quotidienne , leur traitement sont très différenciés.
Françoise Gilot dont la formation et la culture l'a rapproche davantage de George Braque ou bien d'Henri Matisse possède déjà un univers et un style affirmé. Picasso, quant à lui , à l'aube de la soixantaine irrigue son travail de nouveaux défis : une exceptionnelle production de lithographies à l'atelier Mourlot à Paris, un travail de la céramique à l'atelier Madoura à Vallauris , et toujours la peinture où Françoise, transformée en femme-fleur, incarne les changements de cette période très féconde.

La Femme au fauteuil, 1948
Lithographie , 2nd état

Picasso, Françoise et la corrida à Nimes

La ville de Nimes présente deux expositions qui évoquent la relation de Picasso avec Françoise et leur gout commun pour la Corrida et la tauromachie.

Le Musée du vieux Nîmes accueille "Pablo Picasso et Françoise Gilot, peintre et muse" du 24 mai au 7 octobre 2012
Françoise Gilot fut une spectatrice assidue des corridas aux côtés de l’artiste dans les arènes de Nîmes et d’Arles. Par son témoignage recueilli en entretiens filmés, elle apporte de précieux éclairages sur cette période. Dans ce volet, le Musée du Vieux Nîmes nous présente Françoise Gilot en tant que peintre et muse, dans des scènes d’intimité familiale , des portraits, photographiée à ses côtés dans l’atelier d'Antibes au Chateau Grimaldi pendant leur vie commune et jusqu'à leur séparation quand où elle ouvrit, à cheval, le paseo d’un festival taurin que Picasso avait organisé en août 1954 à Vallauris. La sélection de peintures et dessins de Françoise Gilot offre ainsi un regard sur le travail d’une artiste qui a su faire le lien dans les années 50 entre l’Ecole de Paris, à laquelle elle s’apparente et la scène artistique new yorkaise.

Au Musée des Cultures Taurines, c'est "Picasso, sous le soleil de Françoise, Nîmes et les toros" du 24 mai au 7 octobre 2012
extrait du dossier de presse:
"Entre 1947 et 1955, Pablo Picasso s’inspirant des corridas vues à Nîmes, va renouveler radicalement sa représentation de la tauromachie et décliner la thématique sur des supports et par des techniques différentes, gravures et céramiques en particulier. L’exposition retrace ces années riches de rencontres et d’effervescence au cours desquelles l’artiste, en compagnie de Françoise Gilot, des ses amis Zette et Michel Leiris, de Jean Cocteau, scelle ses retrouvailles avec la corrida, à l’invitation de l’aficionado nîmois André Castel.
Prévue dans l’ensemble des manifestations célébrant le soixantième anniversaire de la Feria de Nîmes et les dix ans du Musée des Cultures taurines, l’exposition s’est construite à partir du travail de recherches mené par Annie Maïllis, à qui le commissariat scientifique a été confié. Auteur du livre catalogue « Picasso sous le soleil de Françoise : l’artiste, la femme, le toro », elle livre, au fil des pages une nouvelle approche éclairée et personnelle."

Le petit Picador, 1899
( collection particulière)

La collection Frieder Burda à Aix

La collection Frieder Burda à Musée Granet d'Aix-en-Provence au 26 mai au 30 septembre 2012

Frieder Burda est le fils d'un important éditeur et imprimeur allemand Franz Burda, lui-même collectionneur. Qui n'a pas eu une mère ou une grand-mère adeptes du fameux patron Burda , pour tailler et coudre robes et chemisiers... Au décès de son père , il reprend l'entreprise familiale et se consacre à collectionner la peinture moderne ses gouts vont tout d'abord vers l'expressionnisme abstrait lors d'un voyage aux Etat-Unis, puis c'est la découverte de Picasso et de sa dernière période et enfin l'oeuvre de Gerhard Richter.
Frieder Burda voulait créer un musée à Mougins pour abriter les tableaux de la période tardive de Picasso mais en fait c'est à Baden-Baden que s'ouvrira le musée Frieder Burda en 2004. Les sept tableaux de Picasso sont installés au musée Granet pendant tout l'été; Il est rare de voir ces grands formats rassemblés. La force expressive de cette peinture fut longtemps décriée mais il faut encore maintenant se confronter avec ces toiles pour en saisir toute la vigueur et la liberté que Picasso y a mit .

Musée Frieder Burda à Baden-Baden
Nu couché, 7 octobre 1968

Enfant à la Colombe

Le ministère britannique de la Culture a interdit l'exportation jusqu'en décembre de "L'enfant à la colombe" de Picasso, vendu par Christie's à un acheteur privé étranger, dans l'espoir de réunir les fonds pour le conserver dans les collections publiques.

Il a été vendu par Christie's au nom de la famille Aberconway, du Pays-de-Galles, qui le détenait depuis 1947. Il avait été estimé à 50 millions de livres (63,7 millions d'euros). Le tableau, peint en 1901 par Picasso, est passé par plusieurs mains depuis 1924, dont le célèbre collectionneur Samuel Courtauld, lequel l'avait cédé à Lady Aberconway en 1947. Le comité sur les exportations d'œuvres d'art, qui dépend du "Arts Council England", a jugé que l'œuvre était intimement liée à l'histoire britannique, justifiant l'interdiction d'exportation jusqu'en décembre, qui peut être prorogée jusqu'en juin 2013.
Exposé depuis les années 70 à la National Gallery, "L'enfant à la colombe" a été montré l'an dernier à la Courtauld Gallery à Londres et est actuellement prêté aux National Galleries of Scotland. Il n'est pas rare que de grands musées britanniques mettent leurs forces en commun pour racheter une œuvre, avec l'aide de mécènes, afin de la conserver dans le patrimoine national.

La National Gallery a ainsi réussi à acquérir récemment avec la National Gallery of Scotland "Diane et Callisto" du Titien, ce qui lui permet d'exposer trois œuvres sœurs du peintre italien de la renaissance, "Diane et Callisto" ainsi que "La mort d'Actéon" et "Diane et Actéon", acquis en 1972 et 2009.


(Dépêche AFP)

Enfant au pigeon ou Enfant à la colombe, 1901

Black and white

Black and white, exposition au Guggenheim Museum New York jusqu'au 23 janvier 2013

C'est la première exposition à explorer l'utilisation du noir et blanc dans la carrière de l'artiste espagnol. Pablo Picasso a expurgé de son travail la couleur dans le but de mettre en évidence la structure formelle et l'autonomie de la forme inhérente à son art. Sa palette minimale correspond à son intérêt obsessionnel pour la ligne et la forme, le dessin et les valeurs monochromatiques et tonales, tout en développant un langage complexe des signes picturaux et sculpturaux. Le motif récurrent du noir, du blanc et du gris est présent à toutes les périodes: Bleue et Rose, puis pendant le cubisme, la période néo-classique avec ses peintures figuratives ou encore pendant l'époque surréaliste. Après la seconde guerre mondiale, les toiles issues des atrocités de la guerre et les natures mortes allégoriques et les interprétations saisissantes des chefs-d'œuvres de l'histoire de l'art seront traités selon cette contrainte chromatique.

L'atelier de la Modiste, 1926 (Centre Pompidou MNAM Paris)

Picasso et Duncan à Genève

Picasso sous l'objectif de David Douglas Duncan au Musée d'Art et d'Histoire de Genève jusqu'au 3 février 2013.

Après le Museo Picasso de Malaga, le kunstmuseum Pablo Picasso de Munster et La Piscine de Roubaix, Genève accueille cette exposition qui permet de découvrir à travers les 150 clichés de David Douglas Duncan le travail et la création de Pablo Picasso.
En 1956, Duncan, photographe reporter de guerre pour le magazine Life sur la recommandation de Robert Capa, s'invite à la villa La Californie à Cannes, Picasso l'accueille avec intérêt et bienveillance; Le photographe va revenir de nombreuses fois et s'installer parmi la famille. Cette proximité et l'amitié qui va bientôt lier les deux hommes vont donner naissance à des prises de vues exceptionnelles que l'exposition nous présente en compagnie des oeuvres de Picasso, peintures, sculptures, céramiques, dessins, estampes.

Cet événement est également l’occasion de mettre en lumière l’un des tableaux majeurs de la collection des Musées d’art et d’histoire, Baigneurs à la Garoupe, les photographies de Duncan sont un très rare document nous montrant le processus de création de Picasso; ce grand tableau qui a occupé l'esprit de Picasso pendant plusieurs mois est accompagné de quelques dessins , études préparatoires qui présentent l'évolution chaotique de la construction , les baigneurs évoluant autour des plongeoirs surla belle plage de la Garoupe à Juan les Pins où Picasso venait en famille se baigner tous les jours à la belle saison.

Les baigneurs de la Garoupe, 1957 ( Musée d'art et d'histoire de Genève)

Berthe Weill et la journée de la Femme

Le 8 mars à 11h sera dévoilée la plaque à la mémoire de Berthe Weill (1865- 195) au 25 rue Victor Massé à Paris, 18e arrondissement, à l'endroit même où elle ouvrit en 1901 la première galerie d'art consacré aux jeunes artistes.

extrait de "La petite galeriste et le grand artiste " par Marianne Le Morvan

Toute menue, mesurant 1,50 mètre, brune aux yeux bleus, elle portait des lorgnons plus tard remplacés par des lunettes, une cravate noire nouée autour du cou. Mais c’est surtout son caractère qui fit sa réputation, elle en reconnaissait d’ailleurs elle-même la sauvagerie pouvant tout autant refuser un acheteur qu’un artiste s’il ne lui convenait pas. Revendicative, elle n’hésitait pas à afficher ses opinions tranchées sur la politique, l’antisémitisme ou les vexations faites aux femmes. Sa vitrine laissait régulièrement place aux unes de journaux engagés exposant frontalement ses positions. Et durant vingt-cinq ans, seule sa galerie imposait les artistes féminines sur un pied d’égalité avec leurs homologues masculins contribuant activement à la légitimation du talent des femmes peintres. Sous une apparence revêche, Berthe Weill était clairvoyante et possédait un don exceptionnel pour reconnaître le talent dans ce milieu de rapins. Sa galerie demeure légendaire pour avoir décelé avant ses concurrents tous les piliers de cette révolution picturale majeure. À l’origine des baptêmes des plus grands artistes modernes, elle est la première à valoriser outre les débuts de Picasso, ceux de Braque, Derain, Dufy, Léger, Maillol, Matisse ou encore Modigliani. Se concentrer sur les Jeunes constituait néanmoins un pari audacieux car les acheteurs potentiels n’osaient pas investir sur des inconnus sans cote : « Picasso prend, chaque jour, une plus grande place dans les collections, aussi intéressantes que peu nombreuses » , écrivait-elle en 1901..."
Pour lire la suite , cliquer sur ce lien

et pour tout connaitre sur Berthe Weill , voici le site officiel www.bertheweill.fr

Portrait de Berthe Weill, 1920 ( Collection particulière )

Bâle et Picasso

Cette histoire débute par une catastrophe. Le 20 avril 1967, un avion de la compagnie charter bâloise Globe Air s’écrase sur l’île de Chypre, provoquant la mort de 126 personnes et la faillite de Peter Staechelin, propriétaire de la compagnie. Pour payer ses dettes, il vend quatre œuvres d’art achetées par son père, dont un Van Gogh. La « révolution » éclate quand il annonce vouloir aussi vendre deux Picasso, Les Deux frères et Arlequin assis , que son père avait donné en prêt à long terme au Kunstmuseum. La valeur marchande des deux toiles était alors estimée à 8,4 MF (millions de francs suisses) de l’époque. Pour sauver ces deux pièces maîtresses du musée des Beaux-arts, le gouvernement cantonal vote un prêt de 6 MF et lance un appel au mécénat pour financer les 2,4 MF restant. Un comité de citoyens, mobilisé par un garagiste peu sensible à l’art moderne, lance alors un référendum, qualifiant d’« insensé » ce prêt pour des œuvres d’un peintre vivant qui incarne à leurs yeux le « déclin de l’art ».
Le premier référendum pour des œuvres d’art
C’est dans une ambiance survoltée que se déroule le 17 décembre 1967, pour la première fois en Europe, un référendum pour ou contre l’achat d’œuvres d’art. Le « oui » l’emporte avec 5 000 voix d’avance (32 118 contre 27 190). Les Bâlois ont sauvé leur deux Picasso.

Picasso, âgé de 86 ans à l’époque, fut si touché par cette marque d’amour de la population bâloise qu’il invita, dès le lendemain, le directeur du Kunstmuseum, Franz Meyer, dans sa maison à Mougins. « Picasso lui a dit de choisir une des toiles de l’année 1967 qui remplissaient son atelier », raconte Kurt Wyss, ancien photographe du journal bâlois National Zeitung , témoin de la scène. Franz Meyer a demandé au maître espagnol de poser deux toiles, Vénus et l’Amour et Le Couple, côte à côte. « Je ne sais pas laquelle des deux choisir. » Face à l’indécision du Bâlois, Jacqueline Picasso suggère à son mari : « Pourquoi pas les deux ? Ils doivent rester ensemble… » Picasso acquiesce.

Puis, dans la salle à manger où ils allèrent boire un thé, était posée en évidence contre un mur une toile " Homme, Femme et Enfant" de la période rose comme les deux tableaux sauvés par les Bâlois. Picasso rajouta cette toile, qu’il avait gardée 61 ans, au « cadeau » pour les Bâlois, ainsi qu’une grande esquisse des Demoiselles d’Avignon. Et le Kunstmuseum hérita, cette année-là, d’un cinquième Picasso, Le Poète , un portait offert par Maja Sacher, l’une des héritières du fondateur du groupe chimique Hoffmann-La Roche.

à voir jusqu'au 21 juillet au kunstmuseum de Bâle
Arlequin assis. Le peintre Jacinto Salvado, 1923

Picasso et Pompéi

Bien avant son voyage en Italie en 1917 , Picasso avait été marqué par les peintures de Pompéi. La diffusion des images des fresques de la ville détruite en 79 après Jesus-Christ par l'éruption du volcan avaient eu un large succès grâce à l'édition de livres avec la reproduction des peintures et des mosaïques et le grand public avait été fasciné par ce drame.
Nous avons publié l'année dernière un long article qui développe ces sources dans le travail de Picasso dès l'époque rose dont ce Nu rouge est l'un des signes .lien vers l'article

Nu rouge, 1906 ( Musée de L'Orangerie Paris)
Villa des Mystères , Pompei

La dernière salle

L'exposition Picasso et les Maîtres est ouverte

En quittant la dernière salle de l'exposition Picasso et les Maîtres qui vient d'ouvrir au Grand Palais, à Paris, avec les nus couchés peints par Picasso dans les dernières années de sa vie auprès d'Olympia de Manet, de Venus se divertissant avec l'Amour et la Musique de Titien ou de la Maja nue de Goya, je me suis souvenu de l'été 1970 et de l'été 1972, en Avignon, quand, dans la chapelle du Palais des Papes, le peintre présentait ses oeuvres les plus récentes. Il y avait comme un ange qui passait sous la voûte de l'ancien lieu de culte. Une sorte de silence matériel, couvert par quelques murmures et le bruit des pas sur la pierre. Celui de la stupéfaction générale. Alors qu'on était à peine sorti de l'effervescence de 1968 et que la vie, l'amour et le bonheur étaient encore au programme, voilà qu'un vieil homme, un vieux peintre, disait ce que vaut la vie, le regret et la jubilation.

L'art, à cette époque, avait fait du chemin depuis l'invention du cubisme. Un peu moins, mais encore beaucoup depuis Guernica... Picasso était une statue, il était sorti de l'écran, vite. Du moins pour pas mal de jeunes gens. Qui furent les plus stupéfiés par ce qu'ils avaient sous les yeux. Picasso était donc toujours vivant. Mais dans quel état? C'était le sujet de conversation. L'admiration était minoritaire, il est parfois agréable de l'être. Et il faut avoir lu les articles de l'époque, les avis des critiques patentés, et les propos des "amateurs d'art". On ose à peine le rappeler sur un site internet qui porte son nom, l'oeuvre tardive de Picasso fut traitée comme une manifestation de sénilité. Il a fallu plusieurs années pour que cette condamnation assez générale soit remise en question. Il était bon, en ce temps là, de trouver Picasso dépassé. J'aimerais bien être assez invisible pour entendre les mêmes aujourd'hui, entrant dans cette dernière salle, après le défilé ahurissant des salles précédentes, commenter cet aboutissement, ou encore ce point de départ pour une nouvelle peinture.

Nu jouant avec un chat , 11 mai 1964
Fondation Beyeler Bâle

Voir le monde en peinture

"Picasso, il copiait tant que ça?" J'ai entendu cette remarque plusieurs fois depuis l'ouverture de l'exposition Picasso et les Maîtres. Inconvénient d'un sujet, qui comme tous les sujets, tend à ramener le propos à lui-même. Bien sûr, dans son enfance et son adolescence, Picasso copie directement certaines oeuvres, c'était, autrefois, le b-a-ba de la formation d'artiste peintre. A partir de 1954, il ne copie plus, mais il invente librement à partir d'un tableau qu'il a choisi parce que ce tableau pose des problèmes plastiques que lui-même veut résoudre. Une toile postérieure à la formation et antérieure aux variations, Le Meneur de cheval nu (1905-1906), est accrochée à côté du Saint Martin partageant son manteau avec un pauvre (1597-1599) d'El Greco. Ces deux toiles se ressemblent, c'est certain, bien que les figures soient inversées comme elles le sont souvent chez Picasso. Mais le Meneur n'est pas une copie du Saint-Martin, pas plus que L'Enterrement de Casagemas (1901) qui emprunte au Greco la construction verticale, la multiplication des scènes juxtaposées et la teinte, n'est une peinture d'après le Greco.

Pour le jeune Picasso, le monde visuel, mais aussi les sensations, les humeurs, les joies et les douleurs, tout passe par le langage de la peinture. Il ne voit qu'à travers la peinture, parce qu'il a grandi ainsi, dans la peinture, avec ses signes, ses articulations, ses schémas... Comme n'importe quel enfant qui aurait grandi dans un milieu et avec une éducation qui se construisent dans un langage particulier, une langage de l'origine. La peinture est la langue d'enfance de Picasso, le reste en dérive, y compris la parole et l'amour, y compris plus tard l'écriture. Tout passe à travers ce filtre. L'influence traverse Picasso avec naturel, avec excès. A cette époque, il en souffre. Il est dans l'embarras du choix. Il est saturé autant qu'il est perméable. Difficile de devenir soi-même quand on est pris dans une autre expérience du monde qui dépasse celle que l'on a pu faire, aussi doué soit-on, une énorme expérience car c'est celle de l'histoire de l'art, avec une multitude de sentiments, de sensations, de constructions complexes, contradictoires, qui passent toutes par la vue et qui provoquent une sorte de trouble de l'identité dont Picasso a conscience et dont il va bientôt sortir au prix d'un suprême effort.

Meneur de cheval nu, 1905-1906 (The Museum of Modern Art, New York)

El Greco :Saint Martin partageant son manteau avec un pauvre, 1597-1599 (National Gallery of Art, Washington Widener Collection)

Evocation (L'enterrement de Casagemas), 1901 (Musée d‘art moderne de la ville de Paris)

Pas d'avions dans Guernica

La coïncidence entre deux expositions fait parfois apparaître certains aspects des œuvres d'art qui pourraient passer inaperçus. Quelques jours après l'ouverture de Picasso et les Maîtres, le Centre Georges Pompidou a inauguré Le futurisme à Paris, une avant garde explosive. Dans la première salle, plusieurs tableaux de Picasso, la Dryade (1908), Femme assise dans un fauteuil (1910) ou le Portrait de Daniel-Henry Kahnweiler (1910). En 1910, le futurisme n'a pas encore fait irruption à Paris, bien que le Manifeste des peintres futuristes de Carlo Carrà, Umberto Boccioni, Luigi Russolo, Giacomo Balla et Gino Severini soit publié cette année-là (celui de Marinetti date de la fin 1908 et paraît dans Le Figaro en février 1909). C'est l'exposition de la galerie Bernheim-Jeune, en 1912, qui déclenchera les hostilités et la rancœur de Boccioni: «Ils nous copient, et feignent de nous ignorer», dit-il.

«Nous déclarons que la splendeur du monde s'est enrichie d'une beauté nouvelle, la beauté de la vitesse», écrit Marinetti dans son premier manifeste. Le spectacle de l'industrialisation (sauf quelques trains), les usines, et les prolétaires (sauf dans les scènes de fête ou de révolution) sont presque absent de l'art du XIXe et du début du XXe siècle. Plus qu'une révolution stylistique (les peintres futuristes sont, sous cet aspect, loin derrière le cubisme de Braque et Picasso), le futurisme est une révolution thèmatique, l'intégration de catégories sociales auparavant négligées et d'objets techniques absents du langage et des genres artistiques antérieurs.

L'exposition du Centre Pompidou, bien qu'elle néglige curieusement certains aspects du futurisme, sa typographie, son discours politique, son nationalisme, et le rapprochement de certains de ses protagonistes avec le fascisme de Mussolini (il est vrai qu'elle s'arrête en 1915), pose un problème intéressant. A-t-il vraiment eu une influence sur les artistes de l'avant-garde qui travaillent à Paris à cette époque? Sur Braque et Picasso, aucune. Ils semblent indifférents, seulement soucieux de leurs propres recherches. Ils restent fidèles, comme ils le seront jusqu'à la fin, aux genres artistiques traditionnels. Ni l'un, ni l'autre, aussi audacieux soit-ils dans l'usage des outils figuratifs (collage, assemblage, mélange des éléments typographiques aux éléments proprements picturaux, etc.), n'introduit le spectacle de l'industrialisation, la réthorique de la vitesse, le point de vue surplombant de l'aviation. Pas d'objets techniques liés à l'industrialisation dans les tableaux cubistes. Nii plus tard. Pas d'avions dans Guernica bien que le tableau représente l'horreur chaotique d'un bombardement aérien. Seulement une ampoule électrique. Que dire de cette ampoule électrique?
Guernica, 1937 (Centro de Art Reina Sofia Madrid)

Et donc, une ampoule électrique

Pas de signes de la vie moderne, sinon la peinture elle-même. C'est peut-être ça, l'économie de Picasso. L'ampoule électrique de Guernica est une exception. Depuis la rédaction du billet précédent, je me suis souvenu d'un tableau de 1951, Fumée à Vallauris (Musée Picasso Paris), où l'on voit des fils électriques avec des fumées noires au-dessus de la petite ville. Les paysages sont rares, chez Picasso, le plus souvent vus depuis la fenêtre d'un des ateliers qu'il habita. Parfois, la maison vue de l'extérieur, comme au début des années 1930, celle de Juan-les-Pins. Il paraît, me dit-on, qu'on voit des avions dans une peinture de cette époque. Exception, encore. Car l'ampoule de Guernica en dit long, non seulement sur la lumière dans l'œuvre de Picasso, mais aussi sur l'espace qu'occupe son regard au centre du monde où il siège.
Picasso n'est pas un indifférent au fracas de l'extérieur. Il l'a abondamment montré dans sa vie de citoyen. Mais, en peinture, il est à l'intérieur de quelque chose qui échappe à la chronologie du monde. Il est dans un présent où les époques s'entrechoquent, dans le présent de la peinture. Quand il dit: «Il n'y a en art, ni passé, ni futur. L'art qui n'est pas dans le présent ne sera jamais», il ne fait pas de théorie. Il constate l'homogénéité de son propre monde. Et la lumière continue qui se projette sur son propre monde. Il est singulier que l'ampoule de Guernica éclaire, ou plutôt n'éclaire pas un tableau presque en noir et blanc. Elle désigne pourtant la vraie lumière de Picasso, noire la chose noire, lumineuse la chose lumineuse. La source est à l'intérieur. Cette lumière particulière, qui est un style à l'état pur, est visible dans l'exposition Picasso et les Maîtres, parce que les maîtres en questions sont aussi maîtres de leur lumière.

Que vient faire l'ampoule électrique? Elle est là, sans doute, dans l'atelier des Grands Augustins où il peignit Guernica, dans cet atelier comme dans d'autres, pendue au bout de son fil. C'est un objet de l'atelier, un de ces innombrables objets dont il a fait de la peinture depuis l'époque cubiste. Un peu chiche, la lumière. Picasso debout, en attente. Le fil qui brûle à l'intérieur du verre. Un objet avec sa forme et ses propriétés, qui désigne de manière impérieuse le centre de tout pour Picasso qui est l'atelier lui-même. Petit, souvent, l'atelier, pas l'usine désaffectée des artistes d'aujourd'hui. Dans une maison. Avec tout autour, sur l'écran sans limite de l'imaginaire, aussi loin que le regard se porte, toute la peinture faite, et celle qui reste à faire.

L'homme dans l'atelier

L'exposition Picasso et les Maîtres propose quelques exemplaires tirés de la série de 58 variations sur les Ménines de Velázquez (1656) qui est conservée dans sa totalité par le Musée Picasso de Barcelone. Entre le mois d'août et le mois de décembre 1957, il peint des détails, des personnages, des vues d'ensemble, en couleur, en grisaille; il adopte une ligne géométrique ou sinueuse. Cette succession est régulièrement interrompue par des vues de son propre atelier, des fenêtres avec Les Pigeons aux premières semaines de septembre, ou les Paysages du 2 et du 3 décembre, qui semblent être saisis depuis le local où Picasso travaille. Il y a évidemment un lien direct avec le tableau de Velázquez puisque ce dernier s'est représenté en train d'exécuter le portait du couple royal, dont on voit la toile et le châssis à gauche du tableau, dans un endroit qui est aussi un atelier, à tout le moins provisoire.

Les Ménines de Velázquez n'est pas que l'envers d'un portrait royal. C'est une méditation sur la vision, sur la place du peintre et de la peinture. Velázquez s'est mis au centre du dispositif avec des témoins de la scène, face au roi et à la reine qui, eux, sont à la place du spectateur. Ce fait a été largement souligné. Comme a été soulignée sa signification sociale, la réalisation du rêve des artistes du XVe siècle qui voulaient faire sortir les peintres de leur statut d'artisans et les mettre à l'égal des poètes et des philosophes, si ce n'est à l'égal des puissants dont ils étaient, et sont encore à l'époque de Velázquez, des valets et des serviteurs. Velázquez est le plus grand personnage des Ménines. Cependant, du fait des proportions réelles ou d'un artifice de construction, il est nettement plus petit que la toile qu'il peint.

Dans la première variation (en grisaille) de Picasso, Velázquez est bien plus grand que dans l'original, plus grand ou au moins aussi grand que la toile qu'il est en train d'exécuter. Picasso n'est le serviteur de personne, si ce n'est de la peinture. De la peinture? Peut-être. Cette question n'est pas résolue. En 1957, elle ne peut plus l'être . Depuis la Renaissance, l'artiste, en tant que personnage, en tant que créateur des oeuvres, n'a pas cessé de grandir, de prendre de plus en plus de place par rapport aux objets qu'il crée. A-t-il ou n'a-t-il pas le premier rôle, celui de qui dicte et décide? En tout cas il est au centre de ce monde-là, non plus à la périphérie, non plus un témoin qui assiste à la scène, mais l'acteur. Il a conquis cette liberté et ce pouvoir. Ce qui oblige à tout repenser, encore une fois.

L'intérieur et l'extérieur

Les variations sur les Ménines évoquent un mouvement panoramique et circulaire à l'intérieur du tableau de Velázquez et de l'atelier que Picasso occupe au moment où il les exécute. Les images de l'original et ses transfigurations semblent s'afficher tout autour. De temps en temps, le regard s'arrête sur un détail de l'atelier, une fenêtre, des rayonnages, le paysage au dehors. L'artiste est au centre. C'est là que tout se passe et continue à se passer pour Picasso, en 1957 et dans les années qui suivent. L'atelier est le centre de son existence; Picasso lui-même campe au centre de son atelier.
Je me souviens d'une photographie de celui de James Turell (1943), une sorte de bureau d'ingénieur installé dans un hangar avec, occupant un tiers du volume, un planeur prêt à l'emploi. James Turell a non seulement mis au point des appareils lumineux qui lui permettent de réaliser des installations qui sont des trompe-l'œil fabuleux, mais il a aussi aménagé le cratère d'un volcan éteint pour y construire un observatoire de la lumière et du ciel. Pour cet artiste, le paysage n'est pas quelque chose qui est à l'extérieur de l'atelier et que l'on observerait depuis l'intérieur. C'est la substance et l'instrument de sa création. De Picasso à James Turell, il s'est opérée une rupture qui n'est pas simplement d'ordre formel, thématique ou esthétique. C'est un renversement de position de l'intérieur vers l'extérieur, de l'enclos où l'artiste travaille seul à l'espace social qu'il occupe et dont il fait son matériau.
En 1923, Nikolaï Taraboukine écrit Le Dernier tableau, dont la première partie s'intitule Du chevalet à la machine. Il est l'un des premiers qui a décrété de manière explicite la fin de la peinture de chevalet. Ce n'est pourtant pas le chevalet ni la peinture qui sont en cause. Mais la posture de l'artiste dans son atelier. Taraboukine invite les artistes de la période révolutionnaire russe à sortir, à quitter la matrice originelle de l'art occidental et à aller s'engager dans le monde, à l'extérieur. Maintenant, les ateliers d'artistes n'ont plus ni la même construction, ni la même organisation, ni la même fonction qu'autrefois. Picasso savait où il était. Qui sait où sont les artistes d'aujourd'hui?

Atelier de la Californie, 1e novembre 1955 ( Musée Picasso Paris)

La contagion des images

Picasso allait-il dessiner dans les musées? Travaillait-il à partir de photographies? Faisait-il confiance à sa mémoire? Savait-il toujours quand il empruntait un sujet, un motif ou une composition à un autre artiste? J'imagine qu'il a pu sortir un carnet ici ou là, dans un musée, surtout au début. Il possédait un stock impressionnant de photographies de tableaux. Il faisait confiance à sa mémoire. Il n'était pas toujours immédiatement conscient de ce qui guidait sa main, car sa main parlait avant lui. J'imagine aussi, parce que c'est le cas de beaucoup d'artistes, d'historiens d'art et d'amateurs, qu'il avait en tête une incroyable exposition permanente disponible, et qu'il pouvait la visiter à volonté ou qu'elle revenait par mégarde. La peinture et le visible en général sont contagieux. On se souvient d'un visage presque oublié en rencontrant un nouveau visage. Un paysage en appelle un autre. Un climat lumineux, un éclat, une ombre, donnent une impression de déjà-vu qui n'est pas un effet de paramnésie.

L'exposition Picasso et les Maîtres installe matériellement la contagion des images aux cimaises du Grand Palais, du Louvre et du musée d'Orsay. Une contagion organisée, parce qu'il n'est pas possible de voir tout à la fois, parce qu'il y a un parcours et des choix faits par ses commissaires - toujours discutables puisqu'il est impossible de mettre le même tableau à plusieurs endroits différents, près d'une toile de Velázquez, Manet, Poussin, qui aurait pu être ailleurs. Libre à chacun de refaire sa propre cuisine. Tout glisse, tout se déplace, y compris en dehors de l'exposition elle-même, jusque dans d'autres expositions. J'y pensais en visitant la rétrospective un peu surchargée consacrée par le musée d'art moderne de la ville de Paris à Raoul Dufy (1877-1953). Ce dernier est né quatre ans avant Picasso. Il a vécu une période de trouble et de recherche au début du XXe siècle, comme Picasso. Il a côtoyé Georges Braque (1882-1963) peu avant la fameuse cordée cubiste. Il a manié avec habileté différents modes d'expression et il a peint une oeuvre géante destinée à l'exposition universelle de Paris en 1937 comme Picasso (La Fée électricité pour l'un, Guernica pour l'autre). Mais le souvenir de l'exposition Picasso fait surgir dans les tableaux de Dufy quelque chose qui n'y est pas et qui fait distingue irrémédiablement leurs œuvres respectives: l'inquiétude.

Qui est l'homme dans l'atelier (2)

L'une des questions les plus intrigantes posées par l'expositon Picasso et les Maîtres est celle de l'espace où, de la Renaissance au XXe siècle, tous les artistes européens produisent leurs peintures. L'incroyable unité visuelle de ce qui est présenté au Grand Palais ne vient pas que de la proximité des sujets ou de la facture des tableaux mais encore d'un espace commun qui commande la construction de la peinture, organise la lumière. Cet espace sert à la fois de réservoir d'objets ou de signes et de terrain d'expérience en milieu isolé. Pour Picasso, tout ou presque tout (il lui arrive de jeter un coup d'œil par la fenêtre pour peindre un paysage, et de figurer des personnages sur une plage quand il est en villégiature), se passe dans l'atelier. C'est la matrice et la machine de sa création picturale.

L'historienne d'art Svetlana Alpers écrit dans Les Vexations de l'art, Velázquez et les autres (Gallimard), un livre publié en français cette année: «A compter du XVIIe siècle et jusqu'au cœur du XXe, en gros de Vermeer jusqu'à Matisse et Picasso, une succession de peintres européens ont pris l'atelier pour le monde. Ou, pourrions-nous dire, l'atelier est le lieu où on fait l'expérience du monde, tel qu'il entre dans la peinture. C'est sans précédent. Le phénomène de l'atelier est loin d'être au premier rang dans l'art européen antérieur ou dans d'autres traditions picturales comme celles de l'Asie.» Et il n'est plus aujourd'hui le lieu cardinal de l'expérience artistique.

L'atelier traditionnel est le cadre, l'instrument et le lieu d'expérience total de l'art de peindre, de la nature morte, genre artistique qui prend son essort au XVIIe siècle, au portrait ainsi qu'à l'autoportrait. Svetlana Alpers observe que les artistes sont souvent des collectionneurs - c'était le cas de Picasso - et parfois, comme Velázquez, les conservateurs des collections royales. Les œuvres et les choses utiles à leur art sont introduites dans leur cadre de travail où ils peuvent, par ailleurs, construire des ensembles d'objets à leur gré pour en tester les effets. C'est aussi l'espace d'un mode de vie dont l'artiste est le centre, solitaire mais pas trop car une sociabilité familiale et familière est possible autour du peintre; d'abord centré sur ce qu'il fait, plus tard centré sur ce qu'il est, un individu doué de pouvoirs amplifiés par le lieu où ce pouvoir s'exerce. Enfin, c'est le siège d'un mythe, celui du créateur œuvrant sans contraintes dans son propre monde et explorant les pouvoirs et les limites de ce monde, de L'Art de la peinture de Jan Vermeer (1632-1675) aux variations sur le thème du peintre et de son modèle de Picasso au début des années 1960.

Carnet de dessins, février 1963 ( Musée Picasso Paris)

La centrifugeuse et le garde-fou

Il savait peindre comme Raphaël? Il l'a dit. Et c'est vrai, du moins si l'on admet que peindre comme Raphaël n'était plus possible au moment où Picasso aurait pu être tenté de le faire et qu'il est donc impossible de vérifier qu'il pouvait faire ce qu'a fait Raphaël. Heureusement. Il n'aurait pas été Picasso s'il ne s'était pas arraché à sa propre virtuosité en la mettant en péril. Et tout en la mettant en péril, en s'éloignant de ce qu'il maîtrisait du fait de ses dons et de son apprentissage, il en a cependant fait le centre de son œuvre. Il est devenu un maître de la fausse note volontaire, dès le Portrait de Gertrud Stein (1906) et dès Les Demoiselles d'Avignon (1907) - comment composer avec ce qui nie la composition, comment bâtir une esthétique avec ce qui se refuse à l'esthétique? Dès qu'il entrevoyait, chez lui ou chez d'autres, l'amorce d'une nouvelle expérience, il s'y mettait sur le champ.
On s'est parfois demandé pourquoi il pratiquait simultanément des manières différentes voire opposées, notamment dans les années 1917-1925 avec le sillon ingresque, néoclassique, et le sillon cubiste. Il ne s'agit pas seulement d'une réflexion picturale sur les possibilités de la peinture. En 1907, quand il exécute Les Demoiselles, Picasso pousse la remise en cause de l'académisme et du bon goût à la limite. Dans les années suivantes, avec les expériences cubistes, du facettage au collage et aux assemblages, il passe les instruments de la peinture à la concasseuse. Avec ce qui pourrait donner quelque chose comme du Raphaël, il fait ce qu'il ne faut pas faire, c'est-à-dire de l'anti-Raphaël. Mais c'est encore une exploration des possibilités de la peinture. C'est aussi un péril, un risque de dériver vers l'absurde, vers la négation du regard, vers la folie que décrit Balzac dans Le Chef-d'oeuvre inconnu, un thème repris plusieurs fois par Picasso pour qui l'abstraction est la tentation diabolique de la peinture, l'exercice des moyens sans finalité.

Picasso revient à l'écriture ingresque dans la deuxième partie des années 1910. On a souvent attribué ce retour au calme (que Cocteau a appelé un retour à l'ordre) aux circonstances de son existence, à un changement de milieu social, à sa rencontre avec Olga. Peut-être. Il y a aussi, surtout, un événement de peinture. Le savoir-faire pictural qui est le fonds de la manière ingresque s'oppose au savoir-défaire qui est le fonds de l'entreprise des années 1907-1917. En revenant au classiscisme, Picasso ne poursuit pas une autre recherche. L'idée de sillons parallèles est impropre. Il crée au centre de son aventure un ancrage qui lui évite de dériver.

Portrait de Gertrude Stein, 1906 Metropolitan Museum New York
Femme accoudée au chapeau Blanc, 1921 Musée de l'Orangerie Paris

Un seul peintre pour plusieurs siècles?

Daniel Buren, dont l'immense miroir bicolore traverse en ce moment le musée Picasso de Paris de haut en bas et déborde côté cour et côté jardin (La Coupure, travail in situ), faisait une remarque troublante sur Picasso et les Maîtres. A la fin, disait-il en substance, on dirait qu'il s'agit de l'exposition d'un seul artiste. D'abord la surprise: comment pourrait-on attribuer la Vénus de Titien, la Maja Nue de Goya, ou une nature morte de Chardin à la main d'un même peintre, fût-il aussi habile que Picasso et regarder ses dernières peintures, lâchées d'un énorme coup de pinceau, comme si elles étaient d'un artiste de la Renaissance soucieux d'effacer jusqu'à la dernière trace de poils dans la masse de la couleur? Le trouble est d'autant plus fort qu'il rencontre le sentiment, qui nait tout au long des salles du Grand Palais, de l'unité des thèmes, des formats et du cadrage des sujets. Le choix des commissaires y est pour quelque chose. Mais ce n'est pas suffisant. La différence de la facture, de la touche, de l'usage du fond et du motif, tout cela devrait sauter aux yeux. Pourtant, ce n'est pas la différence qui saute aux yeux. C'est le monde commun, la familiarité. Pas la ressemblance au sens strict, mais, surmontée l'évidente coupure (tiens donc!) entre Picasso et les autres (une coupure volontaire, décidée par Picasso), l'espèce d'attraction mutuelle qui finit par confondre toutes ces toiles en un seul ensemble.

Peut-être le grand tableau de la peinture européenne depuis un demi millénaire réunissant tout ces tableaux particuliers? Une histoire qui nie la logique des temps successifs, du «progrès» perpétuel tel que l'enseigne couramment une histoire de l'art pour laquelle un artiste s'appuie sur ce qui le précède et prépare ce qui le suivra, part d'un donné et apporte sa contribution et ses découvertes à une histoire qui le dépasse. Il y a les besogneux et les génies, mais tous sont les acteurs momentanés d'un récit inachevé. Cette conception tend à définir chaque artiste par ce qui le distingue des précédents, des contemporains et des suivants dont les oeuvres seront nécessairement nouvelles. Au premier abord, Picasso en est l'illustration parfaite puisqu'il passe son temps à puiser dans le précédent pour rompre avec lui en créant du jamais vu. Or il dit: «Il n'y a en art, ni passé, ni futur. L'art qui n'est pas dans le présent ne sera jamais». Cette assertion est séduisante parce qu'elle confirme l'image de l'artiste démiurge telle qu'elle s'est imposée depuis le XIXe et plus encore au XXe siècle. En fait, elle est déroutante. Elle nie la chronologie. Tout l'art, quel que soit son temps, se déverserait comme un liquide dans le récipient d'un présent continuel, sans cesse alimenté par de nouvelles oeuvres qui n'auraient de nouveauté qu'avant d'avoir existé. On comprend assez aisément qu'un artiste peut avoir cette relation avec l'art. Tout ce qu'il a vu l'environne, le nourrit, et se transforme en sa propre oeuvre. Picasso se décrit lui-même et Buren a sans doute raison. Tout cuit dans la même marmite. Une question reste en suspens. Y a-t-il un moment où cette marmite est pleine, où il faut en trouver une autre? Et dans laquelle se trouve Picasso, regardé en 2008?
















Science et Charité, 1897 ( Musée Picasso Barcelone)
Guitare, 1926 (Musée Picasso Paris)
Nu couché, 15 novembre 1971 ( Collection privée)